Rencontre avec Emmanuel Ruben au CITL

Jeudi 28/06/2018 - 18:30 / 20:00
Bibliothèque du CITL - Espace Van Gogh | 1 rue de l'Hôtel de Ville | ARLES 13200 | France

Rencontre avec Emmanuel Ruben le jeudi 28 juin 2018 à 18h30 à la Bibliothèque du CITL (Espace Van Gogh, Arles) – Entrée libre.


Le Collège international des traducteurs littéraires reçoit Emmanuel Ruben autour de deux textes : Le Cœur de l’Europe, paru chez les éditions La Contre Allée en mai 2018, et Terminus Schengen, paru chez Le Réalgar en mars 2018.

Une rencontre animée par Jörn Cambreleng.

L’auteur

Né le 16 novembre 1980 à Lyon, Emmanuel Ruben est un écrivain et dessinateur français. Après des études de géographie à l’Ecole normale supérieure de Lyon puis à l’Institut de géographie (Paris-Panthéon-Sorbonne) et à l’Institut national des langues et civilisations orientales, il est reçu major à l’agrégation de géographie (2004). Il enseigne alors l’histoire et la géographie à l’étranger puis en banlieue parisienne.

Il effectue de nombreux séjours à l’Est de l’Europe. Il est l’auteur de plusieurs livres, romans, récits, essais, qui interrogent les frontières de l’Europe et de l’Occident, dans les paysages comme sur les cartes. 

Parallèlement à la publication de ses livres, il a collaboré à différentes revues : Sens Public, Ravages, Edwarda, Possession immédiate, Remue.net, Le Courrier des Balkans, Huffington Post… Par ailleurs, il a exposé ses dessins et ses aquarelles dans des galeries et des lieux publics. Enfin, il tient à jour un site Internet personnel –  L’araignée givrée, www.emmanuelruben.com – où il dévoile de nombreux dessins et des textes inédits.

Il dirige aujourd’hui la Maison Julien Gracq et vit au bord de la Loire.

 

Le Cœur de l’Europe

Le Cœur de l’Europe est le journal de bord d’un long séjour en ex-Yougoslavie, pays de montagnes et de rivières où cohabitèrent plusieurs langues, religions et alphabets. Emmanuel Ruben y délivre une vision de cette Europe qui, jadis, multipliait les tunnels et les ponts, et qui, aujourd’hui, multiplie les postes à ses frontières. Au cours de ce voyage, il privilégie la voiture puis le train ; paysages et villes défilent, délaissant les plages touristiques au profit des terres intérieures. Emmanuel Ruben boucle son périple à la frontière hongroise, théâtre de la crise migratoire actuelle.

 

Terminus Schengen

Extrait :

« Mais où sont-elles ces racines et ces souches que vous avez toujours à la bouche ?

vous ne savez faire qu’une chose : couper, trancher, délimiter

vous avez réduit vos paroles à ce gazouillis d’un homme face à son écran

vous revendiquez tout le temps vos racines mais en réalité vous parlez aujourd’hui la langue de vos machines

et vous n’avez pas plus de racines que nous

et vous n’êtes pas moins nomades que nous, vous qui vivez toujours entre deux trains et deux avions, peuple des pas perdus et des tarmacs, peuple des bretelles des échangeurs et des ronds-points

et de cette grande affaire humaine dont on nous hache la forêt

– le peuple européen, il ne nous reste plus rien

que le tronc décharné

d’un peuplier

et l’écorce lacérée sur laquelle nous pourrons graver

les premières figures

d’un alphabet futur.»

 

Devenu fort familier, au fil des années, de l’Europe de l’Est, Emmanuel Ruben a vécu récemment quelques années à Novi Sad, au nord de la Serbie, là où la Voïvodine séculaire, à l’ombre de la vieille forteresse de Petrovaradin (haut lieu désormais des musiques actuelles et du grand festival Exit) est devenue un glacis de la forteresse Europe, à quelques dizaines de kilomètres de la Hongrie intégrée à l’Union, alors que la Serbie n’en fait pas partie. De ce poste d’observation privilégié, alors qu’il préparait un périple au long du Danube, il a tiré la matière textuelle – et les photographies qui l’accompagnent – d’un long et acéré poème, « Terminus Schengen », publié aux éditions Le Réalgar en avril 2018.

 

« C’est bien parce que le poème s’avère seul capable d’intégrer l’expression la plus subjective à l’exigence d’une pensée qui, jamais, ne se contentera « d’interpréter le monde », qu’Emmanuel Ruben n’a pas récusé la voix dont, toujours, essayiste, romancier, il écoute l’accent, disant ainsi très haut l’abjection d’une Europe en proie à des démons surgis des culs-de-basse-fosse de sa longue histoire. Terminus Schengen… Une telle errance, une aussi tragique pérégrination au bout de la honte comme de la détresse ne rend dès lors pas exclusivement compte du destin des « migrants » mais, haletante, escortée de cris, de murmures, contraint quiconque veut en parler à la dignité du chant. Le reste est affaire d’urgence. De crimes et de cynisme. De trains, de camions ou de piétinements. De mains lavées dans un seau où brillent les étranges reflets des étoiles que l’on cousait il n’y a pas si longtemps aux vêtements des voyageurs. » Lionel Bourg 

 

Sur les ouvrages :

Europe, bouleau famélique – par Emmanuel Ruben, voyageur, géographe, écrivain / L’Intervalle – Le blog de Fabien Ribery