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D’abord paru au Québec, ce nouveau livre de Lucie Taïeb est désormais inscrit dans le beau catalogue des éditions La contre allée. Il est d’une importance salvatrice tant son sujet est peu évoqué en littérature. L’écrivaine est fascinée par un lieu qui était la plus grande décharge de New York et qui va devenir son plus grand parc. Il se nommera Freshkills qui est aussi le titre de ce livre, sous-titré « recycler la terre ».

 

"Oui un cauchemar : ces flots de déchets, menaçant de nous submerger, monstre de film d’horreur, variation inédite sur le thème des zombies. Il suffit pourtant, afin d’éviter de céder à l’emprise du cauchemar, de changer de monde. Non pas de changer le monde – le temps n’est plus au rêve -, mais bien de monde, c’est-à-dire de langage."

Lucie Taïeb

 

Lucie Taïeb enclenche une réflexion autour du déchet et ce qu’il représente dans notre société consumériste. Sur le site de Freshkills se trouvait une décharge ayant connu toutes les évolutions du XXe siècle : de l’industrialisation aux attentats du 11 septembre. Lucie Taïeb raconte son pèlerinage sur ce site et dans la ville de New York.

 

Elle s’interroge sur cette place du déchet dans nos sociétés. On souhaite le cacher alors que sa production est devenue infinie. Mais cette évolution hygiéniste cache simplement un élan destructeur. Le capitalisme se remplit de cette contradiction. Lucie Taïeb appelle à changer de langue pour mieux accepter nos rebuts.

 

Elle en appelle donc au pouvoir de l’écriture. Cette incitation se fait dans un texte d’une grande lucidité. Ce n’est pas un espoir utopique mais une vraie prise de position. Elle incite à changer de monde. Freshkills est un texte qui raconte notre mémoire biaisée et hypocrite. Nous ne voulons pas nous souvenir d’où viennent nos déchets. Pourtant l’origine de ce problème sanitaire vient de notre capacité à éluder la source de ces déchets.

 

C’est un ouvrage indispensable et il vient s’inscrire dans une littérature qui réfléchit notre époque. Avec cette nouvelle parution, il débarque aussi dans un contexte où le sanitaire est au cœur de nos préoccupations. Durant le premier confinement, nous avions remercié entre autres les éboueurs. Qu’en est-il aujourd’hui ? Sommes-nous toujours capables de comprendre le rôle du déchet dans nos vies ?

 

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