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Une chronique de Bookalicius datant du 06 février 2017

 

Interview, Amandine Dhée nous parle de La femme brouillon

 

 

 

 

 

 

Discours social et médical, binarité
des points de vue, poids des traditions catholiques, paternalisme,
culpabilité. Combien de poncifs entendons-nous sur la maternité ou son
refus ? Combien d’idées reçues qui ne laissent, finalement, que peu de
place à la singularité, au choix, au désir. « Une femme ne s’accomplit
que par la maternité », « une femme n’est une femme que mère » contre  :
« une femme est une femme », « une mère est soumise à la dictature
patriarcale »… Et, au milieu, elle en pense quoi, la femme ? La future
mère ? La Femme ? Que veut-elle, sait-elle, imagine-t-elle, comment se
situe-t-elle ? Comment esquisse-t-elle le futur de son enfant ?

A travers un texte incisif, coupant,
parfois cynique et toujours extrêmement fin, Amandine Dhée questionne et
met en perspective la maternité sans tabou ni faux-semblants, et sans
non-dits. Sa plume se déploie, la langue se déroule, fluide et
maîtrisée, poétique et percutante. La Femme Brouillon prend des allures
de manifeste d’une portée humaine et féministe  inspirante

 

Pourquoi ce livre ?

J’ai écrit ce livre pour «  m’éclaircir  », comme le dit joliment
Charles Juliet. Rendre compte de mon expérience de la maternité, tenter
de comprendre ce qui s’est joué en moi au cours de cette période
singulière. Témoigner aussi du regard des autres, et la façon dont notre
société considère les «  Mères  » (majuscule hautement ironique, bien
entendu  !). J’ai le sentiment que de nombreux non-dits circulent encore
sur la maternité, qu’il est difficile de sortir d’une certaine binarité
(«  la maternité n’est bonheur  » / «  la maternité est un enfer  »). A
partir de mon propre vécu et de nombreuses discussions avec d’autres
femmes, j’ai eu envie d’écrire, avec l’intuition que mon texte qu’il
résonnerait pour d’autres.


" Je me positionne clairement en féministe ".

 

Pourquoi pensez-vous que l’on reproduise en permanence un discours lisse et hypocrite sur la maternité ?

Il y a une foule de pistes que votre question m’évoque…

Je dirai qu’une société patriarcale à tout intérêt à véhiculer ce
discours, qui occulte une partie de la réalité, mais permet aussi de ne
pas changer ses fondamentaux. Je crois qu’il y a une part d’ignorance,
aussi. Je pense que les femmes prennent moins la parole dans l’espace
public et donc, ont moins de chances d’être entendues. Les femmes étant
encore souvent accaparées par la charge des enfants et du travail
domestique en plus de leur activité professionnelle, elles ont moins le
temps et l’espace de prendre la parole. Et les femmes qui ont su
s’émanciper de ces modèles dominants se battent sur d’autres fronts.

Le plus troublant, c’est que certaines femmes véhiculent elles-mêmes
ce disours. J’ai le souvenir d’un article intitulé «  Pourquoi ma mère
m’a menti  », où la narratrice dénonçait les mensonges véhiculés de mère
en fille. Peut-être parce que les femmes s’emparent du seul rôle qu’on
veut bien leur donner/assigner. Peut-être aussi parce qu’elles sont
courageuses et qu’elles serrent les dents.

Sans doute aussi est-ce difficile d’admettre que notre propre mère
n’a pas nagé dans le bonheur en nous élevant et qu’on préfère se
raconter des histoires idéalisées de maternité  ?

 

" Je me définis et m'évade en permanence de cette identité de mère".

 

Considérez-vous que votre livre déploie une portée politique ?

Oui. Avec cette idée que le privé est politique. Je me positionne
clairement en féministe et c’était important de le faire pour moi. J’ai
envie que les hommes et les femmes se réinventent. D’ailleurs, je suis
très touchée quand je sens que ce texte parle aussi à des hommes. J’ai
envie de dénoncer des inégalités et ce mythe de «  l’égalité déjà là  »
cher à Christine Delphy. Pour autant, je veux aussi montrer mes propres
contradictions, mes ambivalences. Je ne veux surtout pas avoir un
discours moral.

 

Quelle mère vous sentez-vous ?

C’est une question très intime et à laquelle il m’est difficile de
répondre simplement. Ce qui est sûr, c’est que je suis plusieurs  ! (La
femme brouillon, la demi-mère, la femme-lézard, la Mère…) Lors d’une
rencontre en librairie, une amie s’est étonnée que je parle de la « 
femme-lézard  » comme si je lui avais définitivement réglée son compte,
et j’ai été obligée d’admettre, que non, elle était encore présente…Ce
qui est certain, c’est que je me définis et m’évade en permanence de
cette identité de mère, et c’est dans ce mouvement, je crois, que je
peux être en joie.

 

 

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