Ernest Mag

Article parue le 26 avril 2019 dans le webzine Ernest Mag dans la rubrique "le livre du vendredi", par David Medioni

 

Une claque monumentale !

 

Parfois la vie a ceci d’étonnant qu’elle met sur votre route des passionnés qui vous donnent envie d’aller découvrir quelque chose. C’est le cas de ce livre. Alors qu’il parlait de ce roman, l’ami qui en a causé à l’auteur de ces lignes s’est transformé. Il était dans une forme de transe. Pour lui cet auteur et ce roman inédit qui reparaissait devait absolument être défendu par un média comme Ernest. Pourtant le « Nuage et la valse » de Ferdinand Peroutka est tout sauf un livre facile. C’est un livre intense, dense, puissant et dérangeant. « L’ histoire » n’ a rien d’ un récit linéaire. L’ unité est assurée par la thématique. Entre le prologue, où le lecteur fait connaissance avec un peintre raté errant par les rues de Vienne, et l’ épilogue, à la fois apaisé et inquiétant, il y a les camps, mais pas seulement. Karel Novotný, employé de banque aisé, interné par erreur, constitue le fil directeur. Mais il n’ est pas ce que l’ on appelle un personnage central, car dans ce carrousel, chacun, à un moment ou à un autre, se trouve dans le faisceau de lumière projeté par Peroutka sur les situations. Voilà pour le résumé proposé par la traductrice du livre. Il est très juste en fait.

 

Quand l’intensité immense des mots bouleverse l’intérieur des êtres

Car « le nuage et la valse » englobe tout. Toute l’histoire du 20ème siècle et de ses mascarades à hauteur de simples gens comme vous et moi. Avant, pendant et après la Shoah, à Vienne, à Prague ou dans les camps. Leurs destins sont tragiques, absurdes, simplement humains, en fait. Les personnages et les destins sont de Peroutka sont ballotés par la vie, mais surtout la l’Histoire qui prend tout. Ce livre à l’écriture ciselée est simplement grandiose d’humanité. Il est âpre mais reste très longtemps en tête. Impossible de quitter ce propos. Il y a un avant et un après « Le Nuage et la Valse« . Ferdinand Peroutka était un grand journaliste tchécoslovaque qui a été déporté à Buchenwald. Son roman inédit en France jusqu’ici et qui paraît à « La Contre Allée »   a sa place à côté de Berlin Alexanderplatz de Döblin  ou des Somnambules d’Hermann Broch. Aussi doit-on vraiment peser nos mots en disant que c’est un chef d’œuvre et une claque monumentale ? Vaclav Havel lui même considérait d’ailleurs ce texte comme le plus grand du 20e siècle.

 

« Les écrivains parleront de cette époque pendant des décennies. Ils ne sauront pas tout. Ils découvriront beaucoup de choses grâces à des photographies, mais il leur manquera les détails. Ils ne sauront pas qu’un coq a chanté au moment où un homme vivait ses derniers instants. Ni que les camps de concentration étaient envahis du matin au soir par une odeur de rutabaga avarié », écrit Peroutka. Des mots tellement justes qu’ils expliquent à eux seuls pourquoi des livres ayant un rapport avec cette histoire parviennent encore à surprendre et à bouleverser totalement les lecteurs.

 

Une claque monumentale et indispensable ! Et comme d’habitude, Ernest est le premier et le seul média à vous en parler. Dans trois mois, quand le succès sera là, que les libraires et Ernest auront fait le boulot, La Grande Librairie vous racontera que c’est une découverte maison. Heureusement, tel Bashung délaissant les grands axes, vous aurez pris avec nous la contre-allée et vous aurez lu ce texte avant.

 

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