La Voix du Nord

Un article dans la Voix du Nord, de Catherine Painset, daté du 16 janvier :

« La Femme brouillon » de la Lilloise Amandine Dhée : la maternité incisive

Après « Du bulgom et des hommes » (2010) et « Et puis ça fait bête d’être triste en maillot de bain » (2015), l’auteure lilloise publie un livre court, vif, bourré de questions, d’humour et d’humeurs changeantes sur la maternité.

« Je ne voulais pas seulement témoigner de mon expérience, mais aussi comprendre ce qui s’était passé. Je savais qu’écrire allait m’aider à éclaircir les choses et mettre de la distance. » Quand Samira El Ayachi demanda fin 2014, pour son festival L’Origine des mondes, à quelques auteures lilloises d’écrire un texte sur la maternité, elle rencontra chez Amandine Dhée un écho particulier. « J’étais enceinte jusqu’aux yeux, raconte celle-ci. J’ai été obligée d’écrire à un moment où ce n’était pas évident. » La commande rencontra un désir intime : « Je vivais des choses et je me disais « Ah ça, il faudrait que je l’écrive »  ; en même temps, quelque chose en moi résistais, j’oscillais un peu. Ça a fini par s’imposer à moi, parce que j’y pensais sans cesse. »

Le texte court lu en octobre 2014 à la Maison folie Wazemmes est devenu un livre, publié aujourd’hui par la maison d’édition lilloise La Contre Allée. Des mois durant lesquels l’auteure s’est posé beaucoup de questions de forme. « Les premiers jets étaient très brefs, synthétiques, tranchés, avec une certaine dureté. Mais ça m’empêchait de mettre du récit, de l’humour. J’ai passé beaucoup de temps à concilier les deux. »

Je ne prétends nullement à la fidélité à ma propre histoire. Et surtout, je sais que ça résonne pour d’autres

Avec La Femme brouillon où elle raconte grossesse, accouchement, premiers pas dans la maternité, doutes et émois de l’une, regard des autres, Amandine Dhée poursuit dans le registre de l’autofiction. « Mais je ne prétends nullement à la fidélité à ma propre histoire. Et surtout, je sais que ça résonne pour d’autres. » Homme, femme, mère de famille, nullipare, le lecteur posera sans doute son propre filtre sur ces 90 pages découpées en chapitres nerveux, phrases courtes, pensées larges. En l’écrivant, Amandine Dhée a «  beaucoup pensé à [ses] amies femmes... plus qu’à [son] éditeur  (qui ne lui en tient pas rigueur) ».

La Lilloise dépeint une femme jamais accomplie, jamais mère parfaite bien sûr, en recherche d’elle-même, qui assume ses contradictions. Fidèle à ses convictions, ses engagements féministes : «  La maternité reste un angle mort, suscite un malaise, beaucoup de non-dits. Je voulais participer à un débat qui n’existe pas.  » Pas dupe d’une forme d’ambivalence : «  Ce statut de mère, dont je sais qu’il essentialise la femme et que je rejette, je m’en sers, aussi...  »

Amandine Dhée parle ici tout à la fois de «  la joie de rencontrer son enfant  » et de la façon de se cramponner à l’essentiel « une fois retombée sur [ses] pattes  ». L’éveil politique, la création, « et surtout rester une femme brouillon  ». Le livre, lui, est pleinement accompli.

 

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