Le blog de Gwenaëlle Abolivier

A quelques heures de savoir qui de D.Trump ou de J.Biden sera élu à la présidence des Etats-Unis, il y a l’histoire d’une île qui se situe à New York, en face de Manhattan : l’île de Staten Island. Elle a hébergé de 1948 à 2001 l’une des plus grandes décharges au monde à ciel ouvert ( y accueillant les gravats du World Trade Center ).

 

Freshkills, recycler la Terre est un essai sur nos ordures, inspiré par le roman fleuve de Don DeLillo Outremonde. L’auteure, Lucie Taïeb, raconte cette énorme décharge aux portes de NYC qui vit une mutation puisque elle est en train de devenir un grand parc verdoyant où l’on pourra bientôt, entre deux confinements, faire son golf ou son jogging. 

 

Ce livre est passionnant car extrêmement bien documenté, écrit par une femme traductrice, maîtresse de conférence en études germaniques à l’université de Bretagne Occidentale. Lucie Taïeb  a traversé l’océan pour savoir ce que l’on ressent quand on a, sous les pieds, plusieurs décennies de déchets … Le sujet n’est pas des plus glamours, mais est très éclairant sur la période de bascule que nous vivons.  Sa question principale étant : «  Dans quel monde vivons-nous lorsque les déchets sont absents de notre champ de vision, et pourtant … omniprésents ? » 

 

 

L’auteure a enquêté sur place et a forgé sa réflexion en se documentant à travers des travaux d’anthropologues, d’urbanistes, de géographes pour nous livrer ce carnet de voyage très personnel, édité aux ( éditions ) de la Contre Allée d’après A.Bashung et J. Fauque… «  Délaissant les grands axes, j’ai pris la contre-allée… » 

 

La recherche de Lucie Taïeb porte encore ici sur la mémoire et la réalité : elle a auparavant travaillé aux archives berlinoises et les demandes d’indemnisation des descendants et proches des juifs victimes de spoliation durant la seconde guerre mondiale. On pense aux stèles du mémorial de la Shoah bâti sur la Postdamer Platz. 

 

Quand il est plus facile de cacher tout ce qu’on ne veut pas voir, altérant ainsi notre perception du monde, Lucie Taïeb réussit -grâce à une écriture acérée- à rendre visible une réalité qui ne l’est plus. 

 

A lire et à réfléchir en ces temps troublés où les masques jetables pullulent sur les trottoirs et où les éboueurs sont considérés comme essentiels aux côtés du personnel soignant, des enseignants, des caissiers … 

 

Pour retrouver l'article source, cliquez ici.

Pour aller plus loin