Le Monde Diplomatique - "Quand Breslau perce sous Wroclaw"

par Brigitte Pätzold, mai 1996


À Wroclaw, on n’échappe pas à l’histoire. Sept siècles durant, Breslau fut allemande. À la fin de la seconde guerre mondiale, comme toute la Silésie, elle devint polonaise sous le nom de Wroclaw. Des Polonais « rapatriés » d’Ukraine y remplacèrent la population germanique expulsée. Avec la fin du régime communiste, la ville secoue les tabous et retrouve peu à peu une identité plurielle.

 

Wroclaw, qui donc connaît cette ville ? Qui sait que l’architecte de la porte de Brandebourg à Berlin, Carl Gotthard Langhans. l’a imprégné de son classicisme prussien lorsqu’elle s’appelait Breslau ? C’est ce nom qui est gravé sur l’arc de triomphe parisien, fier souvenir des « guerres de libération » napoléoniennes. Se souvient-on que Rosa Luxemburg. la révolutionnaire polonaise, a écrit ses Lettres de prison dans ses geôles ?

En Allemagne, une sorte de tabou a longtemps pesé sur la Basse-Silésie, comme sur toutes les régions situées au-delà de la frontière Oder-Neisse. Il n’y avait guère que les associations de réfugiés pour s’emparer du sujet, agitant tel un spectre la revendication des anciens territoires allemands et refusant d’appeler leurs villes par leurs noms polonais. A les écouter, on aurait dit que l’expulsion des Allemands de leur terre natale était un crime plus abominable que le génocide des juifs. Ces groupes n’hésitaient pas à attiser les préjugés bien ancrés dans la population à l’égard des « polacks », décrits comme fainéants et ivrognes. Bismarck lui-même avait déclaré : « Battez donc les Polonais, jusqu’à ce qu’ils renoncent à la vie . »

De leur côté, les autorités polonaises avaient fait disparaître des manuels scolaires toute trace des sept cents ans d’histoire allemande. Comme si le régime socialiste avait directement reçu la Silésie des mains des rois polonais de la dynastie des Piast, qui régnaient au treizième siècle.

 

Wroclaw. Sa gare construite (en 1856), est une belle bâtisse en pierres blanches, entièrement restaurée après la guerre. La première impression : une cité moderne, dynamique, affairée. Dans les rues, de jeunes femmes élégantes au pas pressé malgré les hauts talons côtoient les jeunes gens en jeans, devant des vitrines bien garnies. Avec ses angles arrondis, le grand magasin Kameleon surplombe la rue Olawska. Cette nouvelle fonctionnalité d’un style Bauhaus avant la lettre a été conçue en 1927 par l’architecte Erich (...)

 

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