Lille Mag

dans la rubrique Livres de Lille Mag de février 2016, menseul de la ville de Lille, Elodie De Vreyer plublie un entretien avec Fanny Chiarello, extrait :

Avec Tombeau de Pamela Sauvage et en 23 tranches de vie, l'auteure lilloise Fanny Chiarello raconte un monde disparu, le nôtre. Mort de ses excès consuméristes.

Vous attachez de l'importance aux noms de vos personnages. Pourquoi Pamela Sauvage ?

Pamela m'évoque certaines séries télévisées vulgaires de mon enfance. Sauvage, c'est tout le contraire. La vulgarité a vaincu la sauvagerie. Dans ce livre, je parle d'un monde, le nôtre, présenté comme révolu car il a sombré. Ces 23 tranches de vie ce sont celles de personnages sans perspective et obnubilés par des détails sans relief. Le plus visionnaire de tous, le seul capable de réfléchir sur le passé, c'est un chien !

 

Vos précédents romans avaient une construction assez classique. cette fois, vous optez pour des procédés plus déroutants, comme ces longues notes en bas de page. Pourquoi ?

J'avais envie de me renouveler. Mes deux précédents romans parlaient d'opéra et se passaient au XXe siècle. Je n'avais pas envie d'être cataloguée "roman historique". J'ai souhaité avec Tombeau... m'imposer des contraintes d'écriture. J'ai voulu aussi renouer avec une certaine spontanéité, ces notes écrites en revenant de mes footings. Le livre aurait d'ailleurs pu s'appeler "Vingt-trois semi-marathons", car j'ai imaginé ces personnages en courant.
Le formalisme du texte me permet aussi d'aborder frontalement des sujets brûlants auxquels je n'osais pas me frotter directement : le terrorisme, l'hyperconsumérisme, le pouvoir insensé de quelques-uns... Ces notes en bas de page dessinent en creux le monde qui pourrait être le nôtre si nous continuons sur la même pente. Un monde où la lecture et son pouvoir émancipateur n'existent plus, où les lecteurs sont des résistants.

 

Il y a presque cent ans, la poétesse américaine Dorothy parker, affirmait que "la civilisation avait atteint son point de non retour". C'est votre avis ?

Je crois qu'on est très mal partis oui. L'écrire ainsi, dresser en creux la liste de tout ce qui est important et qui est en danger, c'est ma manière de dénoncer et de participer peut-être naivement, à un sursaut. et puis, dresser les portrait de personnages si horribles a été très libérateur !

 

 

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