L'un dans l'autre

Un billet d 'Isabelle Bonat-Luciani sur son blog L'un dans l'autre :

Cher toi, j'ai lu Thomas Giraud "Elisée avant les ruisseaux et les montagnes"

 

Cher toi,

Il y a eu ce type un jour avec sa caméra du réel

Il filmait comme si le réel était sous nos yeux.

J’aimais bien cette affaire de rendre possible les images sans grandes trahisons.

Je pensais aux films super 8 de la famille

Qu’on regardait parfois

Des images muettes, maladroites et bancales.

Les couleurs étaient encore plus en couleur

Les visages étaient encore plus nos visages

Autant que nos silences étaient toujours plus en silence.

Il y a eu ce type un jour

Avec ces histoires de prêches et de traditions d’un autre monde

Qui ne se parlaient qu’à eux-mêmes

Avec des mots sans respiration.

Des règles précises pour chaque geste

Des carcans pour chaque élan

Des mots qu’on mange, des mots longtemps

A enfermer tout ce qui pourrait faire vie.

Par delà, comme s’il était impossible de vivre autrement sans tomber dans la démence.

Je lis Elisée et je me dis qu’on ne tombe que si l’on marche.

Qui est le plus fou des deux ?

Puis il y avait cette fille qui venait à l’église comme si c’était sa propre maison

Il y avait cette fille qui parlait à dieu mais qui savait écouter le vent

chercher à attraper la lumière et transformer les papillons et les ruisseaux

Comme Elisée.

Je l’ai retrouvée hier soir en prenant le sentier qu’à bien voulu offrir Thomas Giraud dans son Elisée avant les ruisseaux et les montagnes.

J’ai mis du temps pour l’ouvrir.

Je l’avais là, avec moi mais je suis venue à lui sans précipitation

Comme quand il arrive qu’on rencontre l’autre et que l’autre nous fait nous rencontrer aussi.

Dans ce temps là, j’ai marché, un présent en moi.

Comme Elisée pouvait marcher

Avec des bouts de pensées qui me conduisaient plus loin encore

Quittant les peurs des plis silencieux sur les visages

Et les commentaires aveuglés des pères.

J’ai ri tu sais de ce mot « aveuglé » pour celui qui prêche.

Comment être au monde si on ne l’habite ni ne l’éprouve sous les pieds, sous la peau, le vent au visage et la respiration fatiguée se superposant à la lenteur de celle d’un ruisseau.

J’ai lu Elisée hier soir autant que ce qu’il a bien voulu lire en moi.

Lumineux et vivant.

Elisée s’est glissé dans des interstices à redonner du souffle pour marcher plus loin encore.

J’ai pensé à toi.

Forcément.

Comme si tu étais l’un des chemins possibles lorsqu’au bord de la rivière

Je t’ai ramassé dans un caillou dessiné par l’eau

Des traits circulaires

Des traits sans fin.

Un Elisée définitivement vivant.

J'ai cru qu'Elisée était un prénom féminin.

Quand on s'est quittés dans la nuit, j'ai compris qu'il était universel 

en fraternité.

Ma famille s'est agrandie.

 

A lire sur le blog d'Isabelle Bonat-Luciani ici