Mediapart

République chagrin
Par Fabrice Arfi, le 09/11/12, extrait :


En matière de rénovation politique et de moralité publique, la France avait besoin d’un coup de massue. Elle n'a droit avec le rapport Jospin, remis vendredi 9 novembre, qu'à un tiède rappel à l'ordre.

En matière de moralité publique, la France avait besoin d’un coup de massue. Elle a eu droit avec les conclusions du rapport de la commission Jospin, remis vendredi 9 novembre au président de la République, à une tape sur les fesses. Au-delà des indéniables avancées proposées par les treize membres de la commission, le compte n’y est pas.

La réforme du statut pénal du chef de l’État (héritage monarchique), la limitation du cumul des mandats (qui a fait de la politique un métier), la suppression de la Cour de justice de la République (tribunal d’exception pour ministres) ou le renforcement du contrôle de la déontologie des élus (inopérant aujourd’hui) : ces quatre réformes préconisées par la commission ne constituent que le minimum minimorum de ce qu’une démocratie avancée est en droit d’attendre en termes de « rénovation et de déontologie de la vie publique ».

Il faut pourtant bien prendre la mesure de la situation : la France est malade. Le mal qui la ronge s’appelle “corruption”, dans sa définition la plus large. Conflits d’intérêts, connivences, trafics d’influence, passe-droits, marchés publics arrangés, paradis fiscaux, impunités bancaires, culte du secret, etc., sont les personnages d’un théâtre qui mine au-delà de ce que l’on peut imaginer la démocratie, son fonctionnement et ses espérances.

Cette pièce se joue depuis des décennies et la salle se vide de jour en jour. Peu de responsables politiques semblent s’intéresser vraiment aux ravages de ses représentations, préférant fréquenter les théâtres à guichets fermés du spectacle de la crise, comme si les deux n’avaient pas de lien. De tout ceci, la commission Jospin ne semble pas avoir réfléchi en profondeur. D’ailleurs, le président de la République, François Hollande, ne lui a pas demandé de le faire. C’est son drame.

Les relations incestueuses entre argent et politique seront restées au second plan, une fois de plus. Et voilà que « ce monde où l’on achète la puissance avec de l’argent, et, où, ensuite, avec la puissance on fait de l’argent », comme le résume Stefan Zweig dans sa biographie de Fouché, continuera à prospérer tranquillement.

Les faits, pourtant, existent. Mediapart en a fait la chronique obstinée, à droite comme à gauche. Il suffit de les regarder, sans se boucher le nez, sans penser que le problème est trop complexe ni imaginer que cela relève des dérives inévitables de quelques-uns au sommet, comme un virus qui flotterait dans les cimes, sans conséquence pour tous ceux qui sont en dessous. La corruption nous concerne tous.

Le juge Roberto Scarpinato, denier survivant du pool anti-mafia de Palerme, le dit sans gras ni fioritures dans un livre d’entretien indispensable, Le Retour du Prince (La Contre-Allée), publié cette année : « La corruption coûte parce qu’elle génère des charges considérables en soustrayant des ressources à la société. »

En France, quatre-vingt-deux magistrats, avocats et représentants d’ONG anti-corruption ont signé en juin une tribune dans Le Monde sur les périls de la délinquance financière. Le constat était implacable et, pourtant, n’a pas semblé être pris avec toute l’urgence nécessaire par la gauche au pouvoir : « La décennie qui s'achève a vu se déliter les dispositifs de prévention, de détection, d'alerte et de répression de la corruption mis en place dans la période précédente, comme si les exigences de probité et d'égalité de tous devant la loi s'étaient dissoutes dans la crise, comme si le pacte républicain ne passait pas d'abord par la confiance des citoyens dans leurs représentants et les agents publics. Nous affirmons que ce serait une grave erreur de le croire. »

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