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Brèves de lecture du 4 mai 2018 à propos de Débarqué  de Jacques Josse (à lire directement sur le site ici)

 

Le narrateur du récit est l’auteur lui-même qui, dix ans après la mort de son père, reprend le fil ininterrompu d’un lien discret avec un père qui n’aura pas vécu la vie qu’il rêvait de vivre, celle d’un marin (au long cours), mais celle d’un débarqué dans une vie à terre malgré lui, à cause d’une maladie. Cette biographie trouée (Jacques Josse avance vers son père par fragments), ou autobiographie du père (d’une vie d’un fils dans la vie d’un père), est celle d’un silencieux qui aura légué l’art du silence évocateur à son écrivain de fils. Avec la pudeur qu’on lui connaît, Jacques Josse, en son rythme de flux et reflux maritime et paisible, s’avance dans des souvenirs d’une précision frappante, très souvent douloureux. Fils d’une laveuse de morts, Jacques Josse vit en compagnie des morts, dont il collecte des morceaux de vie, et colle à la mort, celle qu’il nomme « la tombeuse », emmanchée « d’un croissant de lune bien aiguisé » ; élaborant livre après livre sa propre « légende de la mort ». Sa légende familiale est peuplée de morts, celle d’un frère, d’une sœur, sur lesquelles Jacques Josse revient avec une acuité d’évocation bouleversante et qui mènent vers une vie qui s’éteint depuis longtemps et progressivement pour partir en fumée dans le dernier texte du livre. 

Jean-Pascal Dubost

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