Soubresaut

20 mars 2018

Thomas Giraud a sorti La Ballade silencieuse de Jackson C. Frank, aux éditions La Contre Allée : un livre qui retrace avec justesse l’histoire de l’artiste américain de musique folk.

 

De la destruction vient la création. L’histoire de Jackson C. Frank, racontée par Thomas Giraud, commence par un incendie. S’ensuit un séjour à l’hôpital et une greffe de peau qui le marque à vie, physiquement et moralement. Puis la première guitare, la rencontre avec Elvis Presley… Jusqu’à ses premiers enregistrements, pour le moins très inhabituels !

 

Du détail des sensations du jeune musicien à vivre avec ses « morceaux de peau » à ceux de sa ville natale de Cheektowaga, le récit sonne juste, comme si l’auteur était là, tapis dans l’ombre de Jackson C. Frank à suivre ses moindres pas et respirer le même air.

 

L’écriture de Thomas Giraud est fluide, poétique (d’une poésie sans prétention, sans effets de style recherchés) ; le jeu sur la typographie est intéressant : exit les guillemets qui cassent le texte avec une ponctuation lourde, on marque la parole par une simple majuscule, dans un style indirect libre.

 

"Il lui joue un autre blues dont il a retrouvé le thème principal. Ils parlent d’Indiens aussi. C’est bien mon gars. On sent la musique. Elvis fait quelques pas de danse, bouge ses hanches qui ont l’air si souples, ses jambes toniques, sous les yeux envieux de Jackson. Il donnerait presque des cours de danse à Jackson s’il n’avait un sursaut. Dans sa tête, Le gars boîte non ? Il se raidit vite, ralentit sa danse pour s’immobiliser tout à fait."

 

Les éditions La Contre Allée – basées à Lille – sont à connaître. D’abord parce que le nom de la maison d’édition vient des paroles d’une chanson de Bashung ; ensuite, parce que leurs livres en tant qu’objet sont d’un design moderne, avec un graphisme recherché, sont de qualité, imprimé sur un beau Munken bouffant ; enfin, parce qu’un livre comme La Ballade silencieuse de Jackson C. Frank laisse imaginer une ligne éditoriale des plus intéressantes.

 

"J’ai longé ton corps

Épousé ses méandres

Je me suis emporté

Transporté

Par delà les abysses

Par dessus les vergers

Délaissant les grands axes

J’ai pris la contre-allée

Je me suis emporté

Transporté"

 

« Aucun express », Fantaisie militaire, Alain Bashung

 

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