La Nuit des temps (Solveig) - Rennes

"Interpréter le sens. Essayer de comprendre vraiment ce qu'elle dit. Dépasser mes réticences et mes évidences qui s'alimentent mutuellement. Mon point de départ, ce n'est pas que je comprends un texte et donc je peux le traduire, c'est que je ne comprends pas un texte et donc je veux le traduire pour essayer de mieux le comprendre."

Cela fait quelques temps que je tombe régulièrement, au fil de mes lectures, sur le nom de Noémie Grunenwald. Elle a traduit Dorothy Allison, bell hooks, elle a travaillé sur la trad et publication en France de Stone Butch Blues. Alors lire ses mots à propos de son travail, comprendre ce qui la pousse à appréhender le texte de telle ou telle manière, c'était évidemment formidable.

Entre réflexions sur la traduction et fragments de vie plus intimes qui relatent son parcours, on découvre une femme passionnée, animée par une grande curiosité, la volonté de comprendre, de s'imprégner des mots jusqu'à ce que leur sens devienne une évidence, mais toujours dans une humilité qui force le respect.

C'est un lien sensible qui lie Noémie Grunenwald aux textes qu'elle traduit. Un lien militant également, le choix des textes n'est pas laissé au hasard, il faut remplir le monde francophone de textes féministes jusque là inaccessibles aux personnes ne lisant pas l'anglais. La démarche est primordiale et la traductrice devient un maillon central dans le déploiement de théories et de luttes à travers le monde. Elle permet aux femmes de se parler, de s'entendre et de se comprendre, parfois même de se répondre, afin de fortifier nos luttes et construire une sororité concrète.

La traduction est politique, et c'est avec passion et enthousiasme que Noémie Grunenwald nous confie son amour (parfois amour-douleur ou amour-découragement) pour ce qu'elle fait, et qu'elle fait si bien. Elle sera présente au festival Dangereuses lectrices  dans un mois, et je suis fière et heureuse de pouvoir la rencontrer à cette occasion.