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S’il est un livre qu’il faut lire pendant l’été, c’est celui-ci. D’une rigueur, d’une simplicité, d’une force absolues, car c’est bien d’absolu qu’il s’agit dans ces pages, l’écriture ciselée de Paco Cerdà n’en finit pas de nous habiter. Récit littéraire de voyage de 2500 km à travers les 65000 km2 du plus grand désert démographique d’Europe– après la région arctique de Scandinavie – cette voix de la Laponie espagnole ne nous quittera sans doute jamais. C’est bien le moins que nous devons à la beauté de l’inexorable lenteur, quasi suspendue, de cette zone située entre Valence, Madrid et Barcelone: une fidélité aux femmes et aux hommes, des Quichottes, peints tout au long de ces pages, à leur abandon, subi au nom de la désertification rurale la plus extrême, imposée par un système économique d’une brutalité aveugle. En dix chapitres pour dix régions, cette parole lointaine nous va droit au cœur, sans atermoiements, pour mieux nous rapprocher d’elles, d’eux: leur terre, leur vie, leur incommensurable solitude étirée, à travers le temps, dans les paysages de leur monde rural sacrifié. Rébellion aussi, âpre liberté de résistants, acteurs malgré eux de la décroissance à la Thoreau, qui les conduit à déclarer: "Petit à petit, tu comprends qu’en fait tu n’as pas besoin de tout ce que tu as perdu."