Revue de presse

← Mutines

@margot.et.ses.livres sur Instragram

À l’ouverture de ce livre, un court article de presse daté de 1932, relatant une révolte à la colonie pénitentiaire de Clermont. Un court article, dans lequel tout de même surnage toute l’indignation du journaliste devant ces « bagnes d’enfants »…

Après ce feuillet reproduit, l’autrice prête sa voix à trois jeunes filles, puisque cette « école de préservation » est « pour » les filles. Les vicieuses, les voleuses, les mal entourées, les affamées, les enceintes, les violées, les innocentes, celles que l’on préserve ou dont on veut se préserver ?

En ces trois heures de mutinerie, d’air frais, de liberté, d’enfance et d’espoir retrouvés, on entent Claudine, Berthe, Monelle, chanter, hurler, cracher, rire leur faim, leurs désirs, leur révolte et leur droit à exister. On va sortir avec elles Marie-Ange de l’isolement infâme, on lui rend une vie, une forme, un nom…

Perrine Le Querrec met au jour ces jeunes vies déjà exploitées, abîmées et oubliées, contre le silence qui leur est imposé et contre celui de l’Histoire qui les a effacées. Par la singularité formelle de ces textes, une prose, une poésie, heurtées, soufflées, vivantes intensément, elle donne véritablement corps et voix à ces jeunes filles, et c’est aussi puissant qu’enrageant et magnifique !

La vie des livres etc, Alexandra Oury

Pour lire l’article directement sur son site, cliquez ici !

Perrine Le Querrec était à la Chouette librairie de Lille le 3 mars 2026 pour échanger avec la libraire Hélène Woodhouse au sujet de Mutines, son dernier livre paru aux éditions de la Contre allée, qui nous fait entrer dans les murs de l’école de préservation de Clermont de l’Oise. Un établissement pour mineures, public et laïc, à la différence des établissements de l’institution religieuse du Bon-Pasteur qui faisaient office de maisons de redressement pour les « filles de justice » depuis 1829. C’est là que sont enfermées ces mutines magnifiques. Deux cents « mauvaises filles » âgées de 11 à 21 ans, que l’administration pénitentiaire a placées là pour délit de vagabondage, pour un pain ou des sabots volés, pour indiscipline ou parce que leur père en a décidé ainsi. Le droit de correction paternelle qui figure dans le code civil de 1804 est encore en vigueur ; il « permet au père qui s’estimerait outragé d’obtenir du juge l’enfermement de ses enfants, sans devoir en justifier les motifs ».

Leur révolte a laissé peu de traces mais en 1934, ces recluses se soulèvent pendant quelques heures. Elles sortent de leurs cellules, délivrent leurs compagnes au cachot, crient, chantent et montent sur le toit de leur prison. Dans le livre, on entend les voix de Claudine, Berthe et Monelle, mais avec elles il y a toutes les autres : Geneviève, Jeanne, Marthe, Jacquotte, Renée, Marie-Ange, Louise, Jeanine, Léonie, Angèle dite Petits-Sabots, Riri, Pauline, Madeleine, Élise, Vonette, Marie, Marguerite… « donnez-moi le mot LIBRE le mot qui chante qui roule qui roucoule qui explose se prend dans le ciel s’éprend de nous de chacune de nous oh donnez-nous la parole donnez-moi le langage donnez-nous l’hymne la joie la force ».

Perrine Le Querrec a travaillé à partir d’un court article publié dans le journal L’Œuvre du 14 novembre 1934, reproduit dans son livre : Une révolte à la colonie de jeunes filles de Clermont. C’est une archive que l’on trouve dans l’ouvrage de référence sur le sujet : Vagabondes (L’Arachnéen, 2015) de Sophie Mendelsohn qui contient également les photographies du studio Henri Manuel prises dans les années 30 à la demande du ministère de la Justice dans les trois écoles françaises de préservation pour jeunes filles : Clermont, Cadillac et Doullens (lire ICI l’article TRANSGRESSION et le souvenir d’Albertine Sarrazin à la Citadelle de Doullens). « Je me suis emparée de ces trois heures de liberté dans cette école de préservation, dans cette prison, explique Perrine Le Querrec, pour pouvoir raconter le quotidien de ces jeunes filles et cet instant merveilleux où elles ont pu être libres ».

Poète avant tout, c’est par la langue que l’autrice s’est approchée de Claudine, Berthe et Monelle : « je suis très à l’écoute de mes personnages, vraiment très à l’écoute jusqu’à entendre leur voix, cela met du temps. C’est pour cela que l’archive est très importante pour moi, parce qu’elle me permet d’avancer vers mes personnages, de comprendre leur environnement, leurs habitudes, ce qu’elles mangent, comment elles s’habillent, qui elles voient… de les incarner en fait. Jusqu’à ce que leur voix arrive, et à partir de ce moment-là, je peux commencer à écrire. »

Chacune des trois enfermées – le thème de l’enfermement traverse l’œuvre de Perrine Le Querrec – a sa manière de dire. Qui reflète une manière de penser. Mais comment réfléchir entre quatre murs ? Comment élaborer un discours fluide quand on est humilié par les mauvais traitements ?  Les mots de Berthe par exemple, sont encadrés par une double barre verticale : « || BERTHE ! || je nous regarde || je tremble || la cuillère tremble sur le bord de l’écuelle || je nous regarde || deux cents bossues deux cents esclaves || ni âge ni || sexe ni signes particuliers ni sexe ? || si || féminin || mauvaise fille n’a pas le chic de mauvais garçon || je rêve|| je marche à mon propre pas || mes propres grands pas de fille || marche et pense ». Pour l’autrice, « c’est un bonheur absolu de pouvoir jouer avec la langue, avec les signes typographiques, avec le blanc de la page, avec les archives… C’est un bonheur sans fin ».

Mutines est le 158e titre publié à La Contre Allée, précieuse maison lilloise qui fête ses 18 ans en 2026. Ni récit, ni roman, ni poème, le texte de Perrine redonne un prénom et une voix à ces muettes, à ces oubliées, à ces révoltées d’un jour dont les jeunesses brisées ont de quoi nous hanter. « Ce qui m’importe avec les archives, c’est de montrer déjà que ça a eu lieu, que tout cela ne vient pas de n’importe où. Et j’ai envie qu’à travers cet éclairage sur le passé, on s’interroge sur le présent. Est-ce que les choses ont changé ? Quel est le statut de l’enfant aujourd’hui, de l’adolescent, de la fille ? Vivre une vie sans jamais s’occuper de ce qui s’est passé pour nos ancêtres, je pense que c’est un grand manque en fait. On a vraiment besoin de se replacer dans une histoire pour pouvoir avancer sans refaire les mêmes erreurs… »

L’Essentiel par Olivia Cohen

Avec Mutines, Perrine Le Querrec nous raconte les « écoles de préservation »

De 19h à 20h30, une rencontre avec l’autrice Perrine Le Querrec est prévue à la Chouette librairie, à Lille. Au menu : un échange sur Mutines, son dernier ouvrage, publié par la maison d’édition lilloise La Contre-Allée.

DE QUOI ÇA PARLE ?

  • Mutines donne la parole à de très jeunes femmes enfermées dans ce qui s’appelait au début du XXe siècle des « écoles de préservation », situées à Cadillac (Gironde), Doullens (Somme) et Clermont (Oise).
  • « Elles ont été créées fin XIXe – début XXe et elles ont toutes les 3 fermé dans les années 1950, quand il y a eu un dernier suicide dans celle de Cadillac », rappelle Perrine Le Querrec.
  • « J’avais envie de transmettre et de faire connaître le régime carcéral qui avait pesé sur ces gamines pendant une cinquantaine d’années. »
  • « Dire une ‘école de préservation’, c’est toujours cette étrange et éternelle vision qu’on a des filles, à savoir qu’elles ont besoin d’être préservées. Mais préservées de quoi ?« 

« J’AI UN TEL AMOUR DES ARCHIVES »

  • D’environ 70 pagesMutines mêle « poésie, prose et archives » : « C’est assez court parce que je déteste me perdre en décors, en costumes, en détails ! »
  • Avant d’attaquer l’écriture d’un nouveau livre, Perrine Le Querrec se nourrit systématiquement d’archives : « J’ai été ‘recherchiste’ pendant plus de 20 ans. C’est un terme canadien pour désigner un métier où vous additionnez les compétences d’une iconographe, d’une archiviste et d’une documentaliste. »
  • « C’est pour ça aussi que j’ai un tel amour des archives, cela m’a permis de découvrir et d’apprendre sur des sujets sur lesquels je ne serais jamais allée spontanément. »

CE QU’ON LIT

  • Sur la première page, est reproduit un article de presse de 1934, décrivant une mutinerie à l’école de préservation de Clermont.
  • Perrine Le Querrec donne ensuite la parole à 3 narratrices, qui décrivent leurs conditions de détention. Quelques extraits de textes de loi ou d’ouvrages sont également cités au fil des pages.
  • Un style poétique, où la ponctuation est parfois absente. À l’inverse, dans certaines pages, la pensée est fragmentée. Chaque phrase (voire chaque mot) y est encadrée de doubles barres verticales : « || c’est un métier de couper les ailes || de plumer d’affamer || de mépriser || c’est un métier la punition || ».

Pour lire l’article directement sur le site internet, cliquez ici !

Nouvelles Lunes par Elise Thiébaut

Perrine Le Querrec est une poétesse et romancière que j’admire depuis des années. J’aurais voulu publier son dernier opus, Christa, dans Nouvelles Lunes, mais cela n’a pas été possible et je suis heureuse d’en partager ici un extrait pour vous donner une idée de sa prose lumineuse, à l’occasion de la sortie de son nouveau livre : Mutines. On terminera cette lettre avec quelques recommandations littéraires, punks et décoloniales. Et bonne année de la jument de feu, les amix !

Les temps sont durs pour les poètes et les poétesses, et la boue dégueulasse qui fond sur nous pourrait nous décourager. Pourtant, on n’a jamais eu autant besoin de ces mots qui élèvent, qui caressent, qui lacèrent. Il nous faut une langue, des langues, des puissances souterraines pour dire l’espoir qui nous quitte et nous rattrape dans un même mouvement.

Perrine Le Querrec est de ces lumières que l’on cherche dans les recoins obscurs de la violence. Ses livres délivrent. Ses mots sont des enfants nés de ses rencontres avec d’autres. Des femmes victimes de violences, par exemple, qui lui ont confié dans l’impressionnant Rouge pute (Ed. La Contre-Allée, 2020) les méandres de leurs calvaires et les chemins de leur libération. Rouge pute a été traduit dans plusieurs langues et a donné lieu à un spectacle musical avec Ronan Courty qui tourne depuis cinq ans. Signe d’un climat préfasciste propice à l’autocensure, plusieurs dates ont récemment été annulées à cause de ce titre qui serait “trop explicite” à l’approche des élections municipales.

Perrine Le Querrec raconte dans son prochain livre, disponible le 20 février à la Contre-Allée, la mutinerie d’un groupe de “mauvaises filles” qui, le 14 novembre 1934, ont décidé d’échapper à l’école de préservation (rien moins qu’un camp de redressement) où on les avait enfermées, le plus souvent à la demande d’un père. Inspirée d’un fait réel, Mutines raconte par le menu ces trois heures de révolte et de liberté durant lesquelles Marthe, Monelle, Jeanne ou Berthe, perchées sur le toit de l’école, vont se réapproprier leur enfance.

Cliquez ici pour lire l’article sur son site internet !