Encres Vagabondes par Michel Lansade

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Comme le titre l’indique le recueil contient deux poèmes, le premier, Bonjour, évoque le travail des femmes de ménage, pardon les agents d’entretien, et le second, Hotdog, une SDF et son chien.

En avant-propos nous avons la rencontre avec ces femmes. « 1. Elles parlent arabe. Je ne comprends pas ce qu’elles disent. Je ne parle pas arabe… 2. Elles ont des sourires. Pour m’accueillir, elles ont des sourires. On s’embrasse dès la première fois. On va le faire toujours… 3. Ça ne va pas aujourd’hui. Trop de choses à faire. Il y a des problèmes dans les maisons… 6. J’imprime ce que j’ai écrit. Je vais leur lire. J’ai peur que ça ne leur plaise pas. La forme. La poésie. Ce que j’invente autour d’elles… Je vois des larmes tout au bord, prêtes à sortir. Je voudrais les retenir… 7. Je suis rassurée. On sait qu’on va faire ce spectacle. Qu’il y a du sens à donner cette parole… » À la lecture du formidable poème on regrette de ne pas l’entendre avec les voix de ces femmes invisibilisées.
« Je m’appelle Bouchra/ Je suis femme de ménage/ Quand je travaille/ Je disparais/ Pas la peine que je fasse des signes/ Avec la main/ Avec les dents, le sourire/ Pas la peine/ On ne me voit pas/ On regarde mon travail/ Mais pas moi… »
Ces femmes de ménage disent toutes la même chose qu’elles soient dans des hôtels, des hôpitaux ou chez un particulier. Toujours leur vie qui leur échappe et les mots de l’employeur. « Ils disent des mots sales/Des mots contre/Des phrases qui cognent/ Ça cogne contre nous/Tout cogne contre nous/ Tout/Tout Tout Tout Tout Tout Tout /Ici, là-bas, dedans, dehors/ Des deux côtés de la barrière/ La peur cogne/ Les regards cognent/ Les bouches cognent/ Les pensées cognent/ Les questions cognent/ Et les réponses aussi… » Elles voudraient autre chose que cette hostilité. « AGENT D’ENTRTIEN !/ Je disparais/ J’avance en me tenant la main/ LA-CON-SI-DE-RA-TION/ C’est tout/ C’est clair/ C’est ça/ Il est bizarre ce mot non ? Tous les mots qui commencent par con déjà c’est drôle. Mais c’est quoi le passage de la sidération à la considération ?/ Il faut que je garde mes quatre murs/ Mes quatre murs c’est le plus important/ Pour que mes enfants dorment/ Comme des anges/ Mes enfants mes anges/ Moi je ne dors pas/ Je pense aux quatre murs/ Mes quatre murs/ Qui me tiennent/ Me soutiennent/ […] Quand la nuit je ne dors pas/ Je reste là assise sur une chaise/ A fumer un peu/ Admirer la nuit/ Avec mes pieds froids/ Toutes les femmes ont les pieds froids la nuit/ Qu’elles dorment ou pas/ Le calme enfin me fait du repos/ Mes anges sont dans leur lit/ Avec leurs rêves d’enfants français/ Et dans ma tête il y a des soucoupes volantes… »
Le soir, après une journée où les mains s’agitent toutes seules, il y a la douleur du dos, elles massent bien celle du mari, mais pour elles il n’y a personne.
Beau poème, encore une fois, qu’il doit être bien et beau à entendre, avec les accents et les voix du vécu, un poème qui a sa force, son rythme et met en évidence le dur et pénible du réel.

Le poème Hotdog, le nom du chien de la SDF, est violent encore, présente une alternance de la réglementation pour accéder à un logement et la vie difficile de la SDF.
« La commission de médiation doit être saisie au moyen d’un formulaire retiré en préfecture ou téléchargeable à partir du lien de demande de logement. »
« Toujours mon père voulait me frapper la gueule avec ses grandes mains qui plaisaient beaucoup à ma mère/ des pattes d’ours elle disait/ bas les pattes d’ours sale connard je disais/ ou rien… » Et toujours le père : « Quand mon père est sur moi/ je pense/ Quand est-ce que ça va s’arrêter ?/ vite fait/ à toute allure/ parce que je ne sais pas si ça va s’arrêter…
C’est la rue, la vie de la rue et le vieux qui prête son garage pour abriter ces SDF.

Ces deux beaux poèmes âpres, rugueux révèlent la violence de la vie quotidienne de ces invisibles.