Librairie Esperluette (Lyon)
« Mais le plus étrange dans l’histoire, c’est que je n’arrêtais pas de rire. »
Lucienne Jourdain est de ce genre de femme, certainement assez commune, qui, à 67 ans, ne vit pas la vie dont elle avait rêvé. Mais avait-elle-même pensé à une autre vie ? Pas si sûr… Jusqu’à ce qu’une crise cardiaque la fasse passer sur le billard et qu’une valve de porc lui soit posée. Cette étrangeté semble la réveiller d’une longue, très longue latence. Elle sent son cœur vivant et son quotidien s’anime alors tout autrement. « Tout ça, c’est de la faute au cochon ! » Elle qui n’a jamais conduit décide de passer le permis. Elle se gave de religieuses. Et surtout regarde son mari, Victor, différemment. « Par la suite, je me suis souvent demandé si c’était lui qui avait changé ou moi. » Lui qui ne s’intéresse jamais vraiment à elle, lui qui ne l’écoute pas. Son petit monde lui semble étriqué, alors elle ose, se pose moins de questions, s’inquiète moins du regard des autres. Elle ose, et ça lui fait le plus grand bien.
On comprend bien vite qu’elle ne contrôle pas tout, mais que cette nouvelle énergie lui fait un bien fou. Et surtout elle nous a, nous lecteurice, pour nous raconter toute cette nouvelle vie. Alors elle en profite. Une oreille attentive, c’est tout ce qu’il lui faut !
Ce long monologue est grinçant à souhait. Il nous fait sourire, parfois rire… Tullio Forgiarini a le sens de la formulation et du rythme. Lucienne Jourdain nous attrape avec délectation dans sa narration un peu fantasque. 75 pages pour nous raconter ces deux années qui l’ont métamorphosée et découvrir ces quelques jours d’accélération folle, feu d’artifice de cette libération.
A lire comme une friandise acidulée
« Lucienne, tu as soixante-sept ans, il serait grand temps que tu saches ce que tu veux vraiment… »