Revue de presse

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L’Accent

Un article à retrouver sur le blog de l’Accent.

Il m’en a fallu du temps pour venir à bout de ce livre à l’atmosphère étrange. Non pas qu’il soit long ni ennuyeux, mais plutôt que les mots s’échappent constamment de la page, ils débordent. L’Arrachée belle : premier roman envoûtant de Lou Darsan.

« Presque toutes les nuits, elle accouche de chatons qu’elle oublie dans un casier. »

C’est avec une phrase pareille que l’on se couche tard. On connaît les page turners qui ne vous laissent pas reprendre votre respiration ni régler votre dette de sommeil, mais ce livre-là est d’un tout autre acabit. Il tient de la poésie en ceci qu’il a besoin d’espace. Il exige des arrêts prolongés. Certaines phrases demandent à être remâchées et certaines images peuvent infuser longtemps.

« Chaque fleuve qu’elle franchit rapproche les montagnes et espace les villes. »

Les descriptions sont écrites au scalpel. On y est, on prend son temps pour retenir l’instant, celui du déploiement des phrases. Et pourtant, il s’agit d’une fuite, d’un ensauvagement superbe et volontaire. Et la fuite en avant se transforme en fuite en dedans lorsque le personnage pénètre la matière jusqu’à la fusion.

« Dans le néant, elle est caverne. »

Plus on avance dans le récit, plus le personnage se déleste. C’est aussi l’expérience du dénuement et d’une quête de la liberté, celle qui vous fait exister vraiment.

« Elle a vaincu la nuit en laissant le réel museler l’imagination. »

Et c’est un premier roman.

L’imprimerie nocturne

Le roman L’Arrachée belle de Lou Darsan est à l’image de son écriture : une fuite désordonnée, un souffle haletant qui marque peu de répit. Un style poétique, et un chemin aussi salvateur que vagabond.

« Comme l’homme quitte l’appartement à intervalles réguliers, la journée entière, parfois la nuit, elle dispose de sa solitude ». p. 14

C’est dans cette solitude que naît l’échappée, l’envie de fuir d’une femme. On ne connaît ni son nom, ni la ville, ni l’identité de cet homme avec qui s’est installée une routine, transformée en peur. En angoisse. Les humeurs de l’héroïne semblent malléables comme de la glaise ; les mots aussi sous la plume de Lou Darsan qui prend régulièrement un élan, un élan de phrases courtes, un élan d’images qui semblent parfois arriver en cascade. Il est donc peu étonnant de retrouver régulièrement l’eau au programme ; l’eau de la baignoire, l’eau de la mer, l’humidité de l’aube, un étang perdu.

« Les cahots dans les ornières herbeuses, le bitume craquelé réapparaît, puis un ruban noir et lisse, la bande blanche centrale, l’autoroute un trait danger deux traits sécurité, elle compte : Mississippi one, Mississippi two. Tout le monde la double. Derrière, dans le lointain, une partie d’elle danse encore sous la montagne ». p. 87

Les éléments du décor, les éléments de la nature se mêlent au parcours de cette femme, qui choisit d’aller littéralement se perdre. Alors la lecture peut aussi parfois se perdre parmi les fragments, se raccrocher plus loin, se prendre un paysage en pleine pomme. Le décor se fait corps lui-même, celui qui cherche sa libération, ou peut-être est-ce le corps qui crée le décor, on ne sait jamais, « Et si jamais à chaque pas naissait un trou, que ses pieds laissaient derrière eux un tracé de béances, que derrière elle disparaissaient les routes et se propageait une jungle moussue ? » (p. 135). Lou Darsan et son écriture se font magnétiques, déroulent images fortes et sensations sensibles jusqu’au bout ; aller vagabonder en compagnie de L’Arrachée belle, c’est sortir, un temps, de soi-même. Et respirer.

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Festival Premier Roman

Festival Premier Roman

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Le Mouvement

Lou Darsan s’invite au sein de la résidence de création littéraire Lattara

La romancière Lou Darsan est accueillie au sein de la résidence de création littéraire Lattara depuis le mois de mars. Au cours de son séjour, elle poursuivra l’écriture de son deuxième roman et devrait participer à plusieurs actions auprès du public.

La résidence a été créée en 2017 pour accueillir les auteurs. Pour le moment, seule Lou Darsan occupe la résidence. L’artiste sera également présente à l’occasion de la 36e édition de la Comédie du Livre qui devrait avoir lieu du 4 au 6 juin 2021.

Qui est Lou Darsan ?

Née en 1987, Lou Darsan est une écrivaine. Après des études de Lettres modernes, Lou Darsan s’est attelée au métier de libraire durant quelques années. Celle-ci a publié des chroniques littéraires dans plusieurs revues en ligne ainsi que sur son site personnel (les feuilles volantes), où elle explore son rapport au paysage réel et mental.

Zoom sur « L’Arrachée Belle », son premier roman

VOIR AUSSI : Un petit tour du monde avec La Géosphère de Montpellier

Son premier roman a été publié par les éditions lilloises La Contre-Allée et mis à l’honneur durant la Comédie du Livre 2017. Dans ce premier roman, l’écrivaine met au centre du récit, le corps d’une femme, ses hantises et surtout ses obsessions.

C’est l’histoire d’une échappée belle, celle d’une femme qui quitte, presque du jour au lendemain, tout ce qui déterminait son identité sociale. Elle sort de stase et se met en mouvement. Son départ est d’abord une pulsion, une sorte de fuite en avant qui tient presque du road movie, avec ses longues traversées de paysages en voiture, en auto-stop, puis à pied. De la fuite et l’errance du départ, cette échappée va se transformer en nomadisme et en un voyage vers la réalisation de soi.

L’Arrachée belle a été nominé pour plusieurs prix littéraires : le Prix Révélation de la SGDL, le Prix du premier roman des Inrockuptibles et le Prix du premier roman de la librairie L’Impromptu.

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Encres Vagabondes

Nue, sous la montagne, l’âme débarrassée de la surface, elle s’enfonce encore,

avec l’impression de revenir sur ses pas, des pas oubliés il y a un temps infini.

Plus qu’un premier roman, Lou Darsan nous livre la longue plainte d’une femme qui ne se sent plus vivre. Elle s’imagine comme une termitière abandonnée parcourue de longs couloirs vides.

Dans un dernier sursaut « elle » quitte la froide maison où elle ne supporte plus « l’Homme » qui habite à la même adresse qu’elle. Le prince n’a violé ni son corps ni son sommeil. Il a suffi, pour qu’elle lui ouvre la porte, qu’elle ait depuis longtemps filé les quenouilles de mensonges qu’on lui tendait et qu’elle ait tissé sa prison avec leur fil.

Après une nuit passée dehors au pied d’un phare, elle prend la route, elle s’échappe. Elle respire – fond en larme, hoquette, soubresaute – respire. Le départ approche, il éloigne la fièvre et rétracte assez la colonne qui bloque sa gorge pour qu’elle chuchote. Mon départ approche, mon ventre se gonfle ; je – respire.

Elle roule vers le sud et se remémore comment elle est devenue absente au monde. Les cris ne sortaient plus de sa bouche trop pleine de ce qu’on lui offrait : exhausteurs de goût, médicaments, produits carnés, surgelés et importés, divertissements, tous avalés par réflexe- et les couleuvres qu’on lui tendait. Avec les trop-pleins étaient arrivés le dégoût et la nausée, puis l’ennui. Elle parlait peu, ne répondait pas au téléphone, avait coupé ses anciennes relations, ne travaillait pas, n’accueillait plus à ses côtés qu’une seule présence, cet homme qu’elle supportait mal. […] Tout la révulsait et lui glissait des mains.

Le récit comme un long poème élégiaque en prose  rend compte du long trajet en voiture dont on pressent la fin tragique lorsqu’il butte sur des garrigues sauvages et montagneuses  où « elle », épuisée, semble vouloir en finir  jusqu’au moment où le chant de mort va se transformer  en chant de vie, en danse, en transe, en hymne à la vie après une plongée au cœur de la terre, sorte de descente en enfer-grotte revigorant qui ressemble à la souille érotique de Robinson dans Tournier, à un retour dans l’utérus.

Elle foule le limon, elle rebondit, les paupières closes, elle écoute ses dents, son torse est une transe désordonnée, elle ne sait plus où sont ses jambes, elle se cogne, son bassin est un pendule. Elle est articulations & cœur & peau & sang. Elle est femme-qui-danse-sous-la-montagne.

De la mer à la mer, un parcours, un texte, une renaissance. Lorsqu’elle s’éveille, face à l’océan lumineux, elle retrouve le nom oublié sous la montagne, et tous les fragments s’assemblent ; Elle est.

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Formations lir&crire

Il est 18:08 en ce 15 novembre 2020, comme indiqué sur l’horloge de mon ordinateur, beaucoup trop lent quand j’ai besoin de lui.

Je me suis dit que je pourrais profiter de ma crise existentielle du dimanche soir (ma crise existentielle de tous les jours, merci au confinement) pour écrire, au lieu de brouiller du noir. I am no expert comme diraient les anglophones, et c’est bel et bien le cas. Ici, la seule chose que je vais écrire ce sont mes impressions, mes ressentis, mes émotions de simple lectrice, celle qui cherche à s’évader de sa vie (vous verrez le parallèle avec cette chronique bientôt). Le côté un peu plus « professionnel » c’est que je suis étudiante en première année de master, et que je n’aurais peut-être jamais lu ce livre si on ne me l’avait pas proposé dans ce cours qui m’amène aujourd’hui à écrire cette chronique.

J’avais le choix entre 18 livres de la rentrée littéraire, L’arrachée belle fait partie des 5 livres de cette sélection qui se sont retrouvés entre mes deux mains, une belle rencontre que je ne regrette pas (les contraintes peuvent avoir du bon). Je n’en connaissais aucun (rapport à leur nouveauté) mais je ne connaissais pas les auteurs et autrices non plus, dans le cas de Lou Darsan je peux l’expliquer par le fait que ce soit sa première publication et une très belle publication. Etant étudiante j’ai été ravie de ne pas avoir à payer les livres que j’ai lu, mais L’arrachée belle occuperait une très belle place dans ma bibliothèque. La maison d’édition a fait un travail formidable sur cet objet livre : du papier de qualité, une couverture à rabats d’un bleu vert envoûtant, un graphisme intriguant… (j’ai adoré passer mes doigts sur cette couverture, ne vous cachez pas, on le fait toustes). Un profil stylisé, une chevelure aquatique : j’ai tout de suite pensé que ce roman recelait de mystères où il fallait plonger toute entière, tête la première, dans un seul souffle. Et c’est ce que j’ai fait. Une soirée, les fesses sur mon lit, les pieds sur ma chaise de bureau, à la lumière artificielle des ampoules de ma chambre étudiante, j’ai plongé en retenant mon souffle.

L’arrachée belle n’a pas de nom. C’est une femme, qui, au début, vit avec un homme. Sa vie l’étouffe, cette absence/présence, ce tout et ce rien. Elle a besoin de revoir la mer, de sentir le vent et les embruns sur sa peau. Elle a besoin de cette force, de cette violence pour l’arracher à son quotidien où elle se noie. Sa seule solution ? Fuir. Quitter sa vie aussi vite qu’on arracherait un pansement, mais cette fois-ci pour guérir. Se dépouiller de tout, ou presque, laisser derrière tout ce qui peut la définir pour renaître, partir et recommencer de zéro.

« Elle aurait pu choisir la résignation. L’envie viscérale de redevenir tourbillon la dévore. »

– chapitre 1, p. 27.

« Elle attrape son feutre indélébile […] puis arrache les couvertures du lit et trace au feutre sur les draps le contour de deux corps. (Elle respecte bien la distance qui les sépare.) »

– chapitre 1, p. 42.

Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il faut énormément de courage pour tout quitter, abandonner tous ses repères, reprendre à zéro alors qu’on a déjà commencé à construire quelque chose qui nous a enfermé, mais finalement pas tant que ça, car il reste une porte de sortie à enfoncer. Ici je ne peux que tracer un parallèle avec le besoin d’émancipation, l’envie viscérale de mener sa propre vie qui sont prônées par le féminisme, le tout sans recevoir un quelconque avis extérieur. Notre société capitaliste nous bride, nous enferme dans des conventions et des stéréotypes. Elle attend de nous que nous soyons sages, malléables, corvéables, soumis·es à ses injonctions. L’arrachée belle envoie balader tout ça. Elle décide de vivre pour elle, enfin. De se définir d’après ce qu’elle est, ce qu’elle ressent et pas d’après ce que les autres pensent d’elle et veulent d’elle.

L’arrachée belle n’est pas une fuite, c’est une envolée.

Cette femme sans nom qui se fait pousser des ailes nous emmène au cœur de la nature, au plus profond d’elle-même et de la Terre où elle peut enfin renaître, matière brute et sauvage, plus rien n’a d’importance, ni son nom, ni le froid : elle est libre, elle est corps.

« Pourtant, folle, elle danse, danse & tournoie, le prénom oublié, l’identité dépouillée et resserrée en une petite masse ronde et dense qui pulse au cœur de la montagne, la puissance du corps déployée dans la colère de la transe qui surpasse l’épuisement d’être fractions, depuis trop longtemps fractions et dispersion. »

– chapitre 3, p. 85.

Bien que la civilisation ne soit jamais bien loin, la nature est omniprésente. Contemplée, détaillée, admirée, ressentie, elle est puissante et nous transmet sa force. La nature permet à cette femme de savoir qui elle est, elle ne lui donne pas de nom mais lui redonne la vie. Une vie solitaire la plupart du temps mais une vie abreuvée par le vivant, en paix avec soi-même, libérée de toute contrainte mis à part celles de se nourrir, de boire et de dormir.

L’arrachée belle est une quête pour trouver sa place, fouiller son être à la recherche de son essence, renouer des liens avec celle sans qui nous ne sommes rien. Féminisme, minimalisme, environnementalisme, retour aux sources, tourbillon d’émotions et envolée littéraire. Un livre à lire d’un coup, à ranger quelque part à l’abri de l’humidité, à laisser grandir au creux de son ventre et à relire tout doucement, après que la tempête soit passée.

France Culture

France Culture

Rencontre avec les auteurs Lou Darsan pour « L’Arrachée belle », et David Fortems pour « Louis veut partir ». Pour l’un et l’autre, un premier roman.

Lundi-Livre

Tewfik Hakem reprend sa sélection des premiers romans marquants de la rentrée littéraire. Rencontre avec Lou Darsan, pour L’Arrachée belle , publié aux éditions La Contre-Allée, et David Fortems, pour Louis veut partir, aux éditions Robert Laffont. Deux romans contemporains sur l’impossibilité de fuir son milieu social ou sur le prix à payer quand on se paye le luxe d’échapper à toutes les assignations.

Lou Darsan :

Je voulais que mon personnage, cette femme qui quitte tout ce qui fait son identité, ne puisse plus être définie par autre chose qu’elle-même et ce qu’elle ressent. C’est une forme de dépouillement total.

Je me définis comme écrivaine et nomade. Cela fait 3 ans que je voyage. Je suis toujours en mouvement entre deux points. Actuellement je vis dans un van aménagé qui me permet de voyager à travers l’Europe.

Extrait de L’arrachée belle :

L’humidité de l’aube se dépose sur ses épaules, à l’heure fraîche et pâle où le corps résiste à l’éveil. Elle s’accroche en vain au sommeil, trop de blancheur dans le ciel et de rosée dans les herbes, elle voudrait attendre le soleil, mais le froid s’installe, elle a dispersé les braises avant de s’endormir au bord du foyer, il lui faudrait un café, mais elle est seule au milieu de nulle part. Alors elle se lève et se défroisse, engourdie. La rosée a humidifié sa robe de coton qui colle au dos et aux cuisses, elle l’enlève en grelottant et la lance sous la voiture pour marcher nue dans la prairie, en évitant les chardons que le matin fait argentés dans l’or clair des graminées.

(…)

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Les Inrockuptibles

Une femme disparaît

Pour son premier roman, L’arrachée belle, Lou Darsan suit la trace d’une femme qui fuit tous les bonheurs balisés qui l’empêchent de vivre. Un style remuant pour un somptueux récit de déformation.

Le choc de « L’Arrachée Belle », premier livre de Lou Darsan, tient à son style qui n’est que la sudation de ses humeurs. Humeurs vagabondes, écriture nomade. D’une seconde à l’autre, une femme s’en va pour délaisser un homme qui n’est que le paradigme d’autres « bonheurs » l’assignant à résidence. Le roman de formation est un genre connu. Lou Darsan invente le roman de déformation.

Démissionner, se déserter. En voiture, en stop et finalement à pied, celle qui n’a ni nom ni prénom se dit : « Il lui faudrait nager encore, dans une eau froide, vers le large, dépasser l’écume mousseuse de et la barre des vagues, se déchirer les bras et le coeur dans l’océan, nager jusqu’aux limites du monde et aux gueules sanglantes des monstres marins qui les gardent. » L’écrit de ce cri est animal, rugissement ou grognement, jamais gazouillis. Parfois le chambardement est tel qu’il gagne la géographie des phrases : blancs intempestifs, alinéa bouleversé, pour rendre visible autant que lisible la rage qui sort le récit des gonds de la typographie ordinaire. Par exemple quand il s’agit de fantasmer « un putain de massacre au rayon épicerie ».

Sur le tard de son roman Lou Darsan cite Virginia Woolf. Sa « chambre à soi », sa chambre à elle, c’est une chambre d’échos, ouverte à l’univers et aux puissances qui y fulgurent, un état de nature qui n’a rien à voir avec la sauvagerie et tout à faire avec la poésie : « Elle s’arrache à l’eau glacée, elle grelotte, le bleu des lèvres comme celui des yeux. A quatre pattes sur le limon, le corps hors de contrôle. Elle se lève et chancelle. Tombe. Se relève, s’appuie sur la paroi. Les dents qui s’entrechoquent, un nouveau rythme, un son auquel s’accrocher pour tenir debout. À grandes gifles, elles se frappe les bras, le sternum, le ventre, les fesses, les cuisses. Elle frappe le sol avec les pieds. Elle foule le limon, elle rebondit, les paupières closes, elle écoute ses dents, son torse est une transe désordonnée, elle ne sait plus où sont ses jambes, elle se cogne, son bassin est un pendule. Elle est articulation & coeur & peau & sang. Elle est femme-qui-danse-sous-la-montagne. » Comme une indigène indomptable, la dernière des mohicanes, comme une Tzigane sauvage, belle, arrachée et échappée, qui nous venge des geignardises minaudières infestant la plupart de la littérature indexée sous le label commercial « livre de femme ».

Gérard Lefort

Les amis du grain des mots

Une fois encore, La Contre Allée délaisse les grands axes et nous emmène sur des chemins de traverse, à la découverte d’un univers singulier.

Cet univers c’est celui de Lou Darsan, blogueuse, voyageuse, dont le premier ouvrage, « L’Arrachée belle » est paru il y a peu.

C’est un livre dans lequel on peut refuser d’entrer. Mais, si on se laisse porter par le flot des mots, on est embarqué dans un voyage inoubliable qui nous interroge.

Au centre du récit il y a une jeune femme au mal-être profond. La ville où elle vit l’oppresse. Dans l’appartement qui est le sien elle étouffe. L’homme qui est son compagnon est devenu un étranger. Tout vacille autour d’elle et en elle. Elle a même peur de disparaître par la bonde de la baignoire.

Alors, dans un ultime sursaut, elle s’arrache à cette vie mortifère et elle part : « L’envie viscérale de redevenir tourbillon la dévore » . Elle sait que le trajet sera long mais que sa survie en dépend.                      Elle s’en va au hasard et devant nos yeux fascinés les paysages défilent et peu à peu, comme pour se réapproprier son corps, elle noue une relation charnelle avec la nature dans laquelle véritablement elle plonge : « les pieds mouillés et gelés, elle avance dans l’herbe, stupéfaite et émue par sa nudité, l’immensité qui l’entoure, la douceur de l’air qui se réchauffe déjà, la pâleur de sa peau, le froissé des fleurs encore closes, le silence du matin » . Et puis, à un moment du voyage, dans ce qui est l’acmé du récit, elle pénètre dans une grotte comme dans le ventre de la terre et elle se met à danser dans une sorte de transe libératrice : « Elle est femme-qui-danse-sous-la-montagne. La danse s’étend sans trêve à toutes les profondeurs de la grotte en une spirale infinie qui décolle les lambeaux de peur, pulvérise les pierres du plexus, dénoue les entrailles. Une chose se brise, une se résorbe ; une encore éclot ».

C’est peut-être le début d’une re-naissance. C’est en tout cas ce que suggère cette « arrachée-belle », véritable odyssée intérieure qui s’achève là où elle avait commencé, au bord de la mer.

Un texte très fort, une sorte d’ovni littéraire à la beauté parfois fulgurante.

F. J

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remue.net

D’elle, on sait ceci : vit dans une ville côtière. Partage un appartement avec un homme qu’elle n’aime plus. Supporte de moins en moins cette vie réductrice et décide un beau jour, sans crier gare, de tout quitter, de rompre, de s’arracher, de se faire la belle pour se réapproprier ce corps qui s’ankylose, ce cerveau qui tourne à vide et ce présent qui n’en est plus un. C’est l’âpre cheminement, physique et intérieur, de cette femme qui part se réoxygéner ailleurs et autrement, que Lou Darsan raconte dans son premier roman.
« Si elle l’a quitté, vraiment, si la route et les visages croisés sont vécus, si leur empreinte modifie son corps et son esprit autant qu’elle le pressent, cela signifierait que son absence n’a fait que se matérialiser après avoir longtemps envahi leur vie de couple de sa présence désincarnée. »

Cette jeune femme que l’on suit à la trace possède en réalité une force insoupçonnée. Elle n’a aucun mal à se frotter aux éléments, à contourner les obstacles, à vivre à l’air libre, à se mouvoir dans un monde végétal, minéral et animal qui attise ses émotions et réveille ses sens. Elle fait aisément (ou, parfois, plus durement) corps avec ces paysages inconnus qu’elle traverse. Elle y adapte ses mouvements et poursuit sa route en se dépouillant toujours un peu plus. Bientôt, elle abandonne sa voiture sur une aire de péage et décide de continuer son périple en prenant place dans d’autres véhicules. Elle y rencontre des familles en transit, des chauffeurs qui ont besoin de parler, quelques silencieux en partance pour nulle part.

« C’est ça qui revient, chaque fois qu’ils lui parlent. Leur travail qui n’a plus de sens, le mur qu’on va se prendre. Faudrait savoir sauter, ou partir. Quand ce n’est pas le travail, c’est leur passé qui s’accroche, les misères, les galères, les violences subies. L’intervalle pendant lequel ils se confient, où ils rêvent, alignent les si. ».

La route défile, et avec elle une série de décors, de reliefs, de paysages qui changent au fur et à mesure qu’elle avance. Le lieu où elle décidera de s’arrêter importe peu. Ce sera probablement au bord de l’eau, élément qu’elle apprécie beaucoup. Mais ce qui compte, c’est le chemin parcouru. C’est celui-ci, avec ses méandres et ses imprévus, avec la liberté qu’il procure, qui la fera renaître, reprendre confiance, redécouvrir sa tonicité. En accord avec son corps, ses pulsions, ses désirs.

Ce parcours initiatique est porté par une langue étonnante. Vivante, nerveuse, inventive. Une langue juste, qui sait tordre la syntaxe et alterner les rythmes pour rester au plus près des sensations éprouvées par celle qui s’éloigne d’un passé rabougri pour se reconstituer. Il y a, dans L’arrachée belle, outre un vocabulaire précis qui permet de bien nommer les choses, une sorte de vibration continue qui ne s’interrompt jamais, une respiration ample et maîtrisée. La poésie n’est jamais loin. Elle pousse régulièrement la porte du roman et y entre subrepticement.

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Paludes

L’Arrachée belle, de Lou Darsan, à l’honneur dans l’émission Paludes du vendredi 18 septembre 2020, sur Radio Campus Lille.

Retrouver l’émission ici !

Le Vif

Le Vif

S’étiolant dans un mariage et une vie rangée qui ne lui correspondent pas, abrutie par des médicaments supposés calmer ses nerfs, la narratrice se sent domestiquée et suffocante. Elle écrase tout désir, joue  » à ne plus être elle-même » mais, sur le fil d’hallucinations, se réveille avec la bouche couvant des araignées. Un matin d’absence de l’homme, elle prend la tangente, laissant le mur de l’appartement couvert d’un phare dessiné à l’indélébile. D’étapes sur la route jusqu’à une montagne où elle préfère oublier son prénom -en momentumlibérateur-, elle se dépouille couche par couche de son passé traumatique, réduisant  » la douane entre son corps et le monde », écoutant ceux chez qui l’existence grince aussi. Si dans Ruines-de-Rome de Pierre Senges, le narrateur fomentait une Apocalypse par les plantes, semant celles qui mèneraient l’humanité à son terme, l’arrachée belle se rêve plutôt en pourvoyeuse de jungle aux pieds nus, femme qui court avec la mousse réduisant l’asphalte et s’extrayant des rets des constructions sociales. Décorsetée elle aussi, la langue de Lou Darsan ondoie et s’émancipe, impressionniste et fantasque, au plus près des sensations de celle qui renaît entièrement à elle-même. Et nous, lecteurs, de nous ensauvager avec elle, les poumons élargis par ce bain tourbillonnant de nature et de mots choisis.

https://focus.levif.be/culture/magazine/l-arrachee-belle/article-normal-1327061.html

Viduité

Ravissement de la fuite, capture de ses cauchemars et enchantements, saisissement délicat et par collage de l’évanouissement, entre grotte et plage, dans la nature en quête de son propre nom. L’arrachée belle ou le roman de l’accueil des sensations, du mirage nécessaire de la fuite, de l’indisposition à soi-même, des intermèdes suspendus aussi. Dans une langue pleine de fulgurances, apte à dire tant la déprise de la dépression que l’illumination, Lou Darsan captive par ce récit sensible d’une femme en quête d’elle-même.

Découvir l’article complet ici.

One chapter a day

Rentrée littéraire 2020 – Parutions des éditions La Contre Allée

Les éditions La Contre Allée mettent l’accent en cette rentrée littéraire 2020 sur une littérature pleine de fraîcheur avec la parution d’un premier roman intitulé L’Arrachée belle, une œuvre composée par Lou Darsan.

Un retour à l’essentiel

Lou Darsan est une écrivaine française née en 1987. Après des études de lettres modernes, elle exerce quelques années en tant que libraire, et publie des chroniques littéraires pour différents magazines Web et sur son site personnel, un espace numérique qu’elle nomme Les Feuilles volantes.

Dans L’Arrachée belle, Lou Darsan conte l’histoire d’une femme coincée dans un couple qu’elle subit plus qu’elle ne vit. Ayant le sentiment que cette relation l’empêche d’être, elle décide du jour au lendemain de partir et tout laisser derrière elle. Cette pulsion salvatrice la conduit sur les routes de l’Europe, à la rencontre de paysages insoupçonnés et d’une nature luxuriante.

Une rentrée à contre-courant

Les éditions La Contre Allée font en somme le choix d’aller à contre-courant de la majeure partie des maisons d’édition françaises en cette année singulière, faisant suite à la pandémie. La structure éditoriale privilégie ici la création – la toute jeune création – en optant pour la parution en cette période du premier roman de Lou Darsan.

On peut en outre noter la parution en novembre prochain du recueil de poésie d’Antoine Mouton intitulé Poser problème.

https://onechapteraday.fr/rentree-litteraire-2020-la-contre-allee/?fbclid=IwAR3DxazZcTjEd0XeOR7GI_upYkoVJByGAOBizFeFfY4epB1fev6wA8WkgkY

Radio Balise

Radio Balise

Rencontre avec l’autrice nomade Lou Darsan pour évoquer la sortie de son premier roman aux éditions La Contre Allée : L’Arrachée belleRencontre avec l’autrice nomade Lou Darsan pour évoquer la sortie de son premier roman aux éditions La Contre Allée : L’Arrachée belle, histoire d’une émancipation, histoire d’un corps, histoire d’une femme, le tout servi par une écriture sensible et sensitive.

 

https://radiobalises.com/music/larrachee-belle-premier-roman-de-lou-darsan/

Mumu dans le bocage

On pense à une envolée belle mais ici c’est L’arrachée belle car elle demande patience, observation, écoute, volonté, ancrée dans le sol, dans la terre et il faut accepter de tout quitter, de « s’arracher » comme une mauvaise herbe pour pousser ailleurs.
Un petit court premier roman, plein de charme et de promesses, dans lequel on peut se replonger dans les moments de doute, de recherche de sens, ou simplement pour la beauté des mots.
Une très belle découverte.

Pour découvrir l’article complet :

https://mumudanslebocage.wordpress.com/2020/08/23/larrachee-belle-de-lou-darsan/?fbclid=IwAR1o_y1k2GbE5JgjPhSPNE1km-ak-l1uwv1VZXdt5EBjNjTnr4BJfue3yMA

Le Monde des Livres

Le Monde des Livres

« Roman remarquable par son audace formelle, L’Arrachée belle se fait le probant miroir de nos désordres intérieurs. »

Zoé Courtois

« Roman remarquable par son audace formelle, L’Arrachée belle se fait le probant miroir de nos désordres intérieurs. »

Zoé Courtois