L’élégance des livres, E.L.
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Odessa revient, digne et pétrie d’humanité.
Après « La geste des ordinaires », « Mississippi », « Odessa des oiseaux », est le chant triste de notre monde en perdition.
Odessa, une femme avec son fusil, on ne sait pourquoi.
On devine son ombre et son guet.
« Là, le fusil sous sa respiration, respire aussi. »
Elle nommée Jo, puis Odessa à neuf ans.
Ce nom qui nous fait penser de suite à l’UKraine.
Son enfance à Saint Nazaire, entre la Soucoupe et les Chantiers.
Elle qui se voulait boxeuse, mêlée avec ses deux sœurs et son frère adoré, Sasha.
Le roman est poétique, chair et sens.
Sasha est dans le plein de ce livre doux et sensible.
Ses poèmes et ses dessins dans les interstices, des lucioles dans la nuit.
L’arbre sylvestre, ses racines qui puisent la grâce verbale.
L’importance haute, Sasha-canopée.
Ici, tout est dédié à la vie et à la mort.
« Odessa les oiseaux » acclame les épiphanies qui résistent.
Odessa qui part en Louisiane.
Figer par des photos l’ouragan Katrina.
Elle nomme les oiseaux.
« Je veux comprendre, elle s’est mise à écouter, et les oiseaux lui parlent, et elle comprend, et elle sait, et elle n’en dit rien. J’entends des voix. »
Sasha dont l’écho est cette connivence.
Ce lien gémellaire qui s’étire jusqu’à l’ailleurs. Demain.
« Je voudrais toucher à la profondeur des bois et des villes. »
Sophie G. Lucas rassemble l’épars.
Elle guide Odessa vers l’élégie du visible, encore pour un instant.
Solaire, profonde, l’écriture est hospitalière.
Elle donne le pouvoir à l’écologie, aux norias des oiseaux.
Son hôte : Odessa et prend acte, solidaire du Vivant.
« Je ne me consolerai jamais de ne pas savoir, quel est ton arbre préféré. »
L’ère du Sida, du Covid, sa maman décédée seule.
Les mansuétudes et le manteau reste glacé, malgré le printemps.
Odessa, « Et elle écoute ce qu’elle croit être un merle. Nous sommes de drôles d’oiseaux, Sasha. »
Ses carnets sont des supplications. Elle rend des comptes au monde.
Katrina, plus qu’un symbole ; la chute immédiate, le racisme, les blancs sauvés avant les plus démunis.
Le carton rouge de notre humanité.
Au fur et à mesure d’une lecture attentive, on est en osmose avec ce texte de grandeur.
« Comme si la vie m’avait séché sur place. À nu. Je n’ai plus d’abri. »
Une lecture qui encercle les siècles et l’espace-monde.
Subvertir les erreurs humaines.
Contemplative d’une nature qui se meurt.
Elle œuvre au palimpseste.
Le cycle de la vie, elle se tient prête avec son fusil.
La mort avec universelle et celle des siens.
Elle remue la terre à mains nues.
« Il y aura des milliers sans toi. »
« Apprenez-nous à voler. »
La narration vertigineuse, d’une Odessa des oiseaux.
L’honneur d’un texte qui traduit notre mappemonde.
« Apprenez-nous à vivre ensemble. »
L’écologie souveraine, qui de Sasha ou des oiseaux frôlent les cimes de nos consciences ?
« Nous ne sommes pas à votre hauteur. »
Odessa, devenant Odessa des oiseaux.
L’allégorie sublime et triste, « un monde sans oiseaux et un monde mort. »
L’incarnation d’une œuvre militante et écologique.
Un hymne à la beauté du monde.
La maestria.
Une littérature d’excellence, intime, engagée, sublime.
Publié par les majeures Éditions La Contre Allée.


