Revue de presse

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Libération, Aline Ramirez

Parution en librairie: Sophie G.Lucas, Sabrina Delarue, L. Bigòrra. Cette semaine, des voix dans la tête, cinq femmes et un récit impur

La Contre-Allée «La Sentinelle», 224 pp., 20 €.

Saint-Nazaire. Une soucoupe, un «monstre de béton». L’année 1977. Une fille. Elle adore son frère. Nous sommes dans sa tête. Elle s’appelle Jo, puis Odessa, vit dans une cité HLM en bord de mer. Un jour, elle fugue et se dit que ça fait comme «sauter d’un rocher dans l’eau». Plus tard, elle découvre le monde, La Nouvelle-Orléans dévastée par l’ouragan Katrina : elle se prend de fascination pour des lieux, décide simplement de se «coudre à l’histoire de la ville ; d’en être une pièce ; de reprendre un fil coupé». D’ailleurs, depuis petite, elle entend des voix. Elle pense : «C’est comme être au bord de l’eau et voir des ondes et que ça s’agite un peu et dans l’eau et dans les feuillages et je sais que personne ne le voit que ce sont mes voix qui me poussent à voir autrement». Sophie G. Lucas, poétesse et écrivaine, repérée notamment avec son roman Mississippi, la Geste des ordinaires (2023) – dont Odessa des oiseaux est une sorte de suite – offre ici un récit intérieur foisonnant, presque débordant, où le flux des pensées de son personnage entraîne dans le destin d’un monde en proie au réchauffement climatique et aux crises politiques. A.R.

Diacritik

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Avez-vous déjà été coincé ? Littéralement coincé. Malgré la possession d’une carte bleue, la liberté que nous possédons encore dans une démocratie, et la volonté de partir ?L’expérience d’être sur un bateau dans les eaux merveilleuses de la mer Ionienne peut être une expérience digne d’un film d’horreur.

Vous me direz : certes, c’est vrai, mais étant sur Diacritik vous êtes plutôt là pour lire quelque chose en lien avec la culture plutôt qu’un carnet de vacances. Patience, ça arrive.

Car, tout d’abord, la mer Ionienne possède en son sein l’île d’Ithaque. Oui, celle d’Ulysse, d’Homère, de l’Odyssée. Et rencontrer ce lieu juste au moment de la sortie du film de Christopher Nolan me touche particulièrement. Tout semblait donc aligné pour lire, contempler et vivre les strates temporelles de notre histoire occidentale. C’était sans compter sur la présence d’une équation inconnue personnifiée en un homme. Un homme censé amener de l’amour à quelqu’un que j’aime. Et qui se révèle au bout de quelques jours, que dis-je quelques heures, un Agamemnon chouineur dont on attend que Clytemnestre l’assassine dans son bain avec toute l’humiliation que cela amène. N’étant pas encore membre de la famille des Atrides, j’en ai été réduite à regarder, me taire au risque que les foudres de cet homme médiocre s’acharne sur la personne que qui m’est chère. Alors où s’échapper ? Que faire de sa colère ?

Et c’est là où, mesdames messieurs, la littérature entre en jeu. Car dans les plus grands moments d’angoisse, de volonté de contrôle, de médiocrité et de rabaissement, personne ne peut contrôler votre imaginaire.

Dans cette situation j’ai lu Odessa des oiseaux de Sophie G. Lucas. C’est l’histoire d’une petite fille qui change de nom 3 fois, qui aime son frère Sasha et qui raconte.

Raconte cet amour.

Raconte la famille.

Raconte les dessins d’arbres qui se glissent entre certains chapitres.

Raconte son désir de liberté.

C’est un livre d’une profonde douceur et d’une infinie tristesse sur un monde qui s’écroule. Les chapitres s’ouvrent en courtes de phrases comme si on attrapait au vol la pensée de Jo/Odessa : Jo qui veut la violence, Jo qui veut la liberté Jo, qui veut l’égalité – la troisième personne du singulier parcourt le livre : c’est, pour moi, une pudeur qui m’émeut profondément.

C’est un livre qui, pour nous aider, convoque Elvis Presley, Jo des sœurs Marsh, Kate Bush. Il faut bien cela pour survivre à la vie.

C’est l’histoire d’une lutte des classes : les pauvres qui subissent en première ligne les changements climatiques, l’absence d’empathie, la destruction du monde.

Ironique de lire ce livre sur un monocoque en Grèce, n’est-ce pas ? Et pourtant, quand je lève la tête, ce que je vois c’est un mépris de classe sans non à l’égard de la skippeuse, ce sont des fonds marins détruits au-dessus desquels se prélassent des femmes trop botoxées et trop maigres, des hommes trop gras et trop Fas.

Mais c’est aussi un homme dressé sur son zodiac, tout droit sorti de la mer, hurlant des insultes grecques à un catamaran de luxe qui ne manœuvre ni avec respect ni avec précision son bateau. C’est Ulysse en personne qui plonge de bon matin sous un bateau dont la pâle est coincée dans un port avant de demander sans détour de l’argent sonnant et trébuchant. Ce sont des Grecs pas dupes, qui sont là pour faire raquer les riches. C’est la révolte intérieure qui fait son chemin.

Cette révolte, c’est celle de Jo/Odessa (si proche d’Odyssée), une colère douloureuse, une colère qui dévore.

Je m’attache à ce bateau qui me porte, à ce livre qui me libère, aux morts qui m’habitent. Je pense à ma grand-mère Christiane depuis le bateau qui se nomme Christina. Le livre est hanté par les morts. Les dessins d’arbres sombres sont l’œuvre de Géraldine L. Guillot, la sœur de l’autrice, décédée en 2024. La perte est partout comme une liberté. Libre de mourir, libre d’abdiquer dans cette seconde où tout peut basculer.

« Elle est à peu près sûre qu’il ne s’est pas débattu tout de suite. Qu’il a hésité à se nouer. Une seconde d’hésitation. Est-ce que je veux mourir. Est-ce que je veux vivre. »

Et peut-être est-ce tout le livre, cette seconde suspendue où on a le droit de baisser les armes mais où au dernier moment on décide de vivre.

Oui, l’humanité peut être terrifiante. J’ai vu l’humiliation, le contrôle, l’égocentrisme, la mise en place de la violence. Mais personne n’aura notre monde intérieur, personne n’aura la mer, personne n’aura nos morts. Et même si, comme Henri Bosco le dit : « le paradis, tu ne le trouveras qu’au ciel », peut être que lire nous en rapproche.

@nos_lectures_hors_champ

Une vieille femme assise devant sa maison : elle attend, un fusil chargé sur les genoux. Elle se souvient. Saint-Nazaire, les Chantiers, une petite enfance compliquée dans une famille monoparentale nombreuse. Les pères ont fui : elle refuse de porter le prénom que le sien avait choisi pour elle. Elle se fait appeler Jo, comme la fille libre et artiste du Docteur March ; plus tard, ce sera Odessa. Jo et son grand frère Sasha partagent un ami imaginaire : Elvis Presley. Sasha est aussi talentueux sur le ring que le crayon en main : il boxe, il dessine et il écrit des poèmes. Protecteur, il aide Jo à garder le contrôle quand elle « entend des voix ».

Les lecteurs de Mississippi (2023) retrouveront Odessa. Ils retrouveront surtout Sophie G. Lucas et son écriture signature si particulière. Son usage original des parenthèses pour personnifier les dialogues au milieu du flux de conscience de la narratrice. Sa réhabilitation du point virgule injustement oublié ! Les croquis d’arbres qui jalonnent le texte sont attribués à Sasha mais ils sont l’œuvre de Géraldine L. Guillot, sœur disparue de l’auteure. L’intime et le social se percutent dans ce portrait familial fragmenté où se mêlent rudesse du quotidien, engagement politique, et sensibilité poétique. De Jo à Odessa, avec puis sans Sasha, de la Loire au Mississippi : une quête de liberté individuelle confrontée au dérèglement climatique, à la disparition des oiseaux. L’art, la poésie et l’écriture pour combler cette extinction. C’est l’espoir et la bataille d’Odessa, Odessa des oiseaux.

Les Notes

Une vieille femme assise devant sa maison : elle attend, un fusil
chargé sur les genoux. Elle se souvient. Saint-Nazaire, les
Chantiers, une petite enfance compliquée dans une famille
monoparentale nombreuse. Les pères ont fui : elle refuse de
porter le prénom que le sien avait choisi pour elle. Elle se fait
appeler Jo, comme la fille libre et artiste du docteur March ; plus
tard, ce sera Odessa. Jo et son grand frère Sasha partagent un
ami imaginaire : Elvis Presley. Sasha est aussi talentueux sur le
ring que le crayon en main : il boxe, il dessine et il écrit des
poèmes. Protecteur, il aide Jo à garder le contrôle quand elle
« entend des voix ».


Les lecteurs de Mississippi (2023) retrouveront Odessa. Ils
retrouveront surtout Sophie G. Lucas et son écriture signature si
particulière. Son usage original des parenthèses pour
personnifier les dialogues au milieu du flux de conscience de la
narratrice. Sa réhabilitation du point virgule injustement
négligé ! Les croquis d’arbres qui jalonnent le texte sont
attribués à Sasha mais ils sont l’œuvre de Géraldine L. Guillot,
sœur disparue de l’auteure. L’intime et le social se percutent
dans ce portrait familial fragmenté où se mêlent rudesse du
quotidien, engagement politique, et sensibilité poétique. De Jo à
Odessa, avec puis sans Sasha, de la Loire au Mississippi : une
quête de liberté individuelle confrontée au dérèglement climatique, à la disparition des oiseaux. L’art, la musique, la
poésie et l’écriture pour combler cette extinction. C’est l’espoir et
la bataille d’Odessa, Odessa des oiseaux. (T.R. et I.J.)

La Hulotte

Ce livre est un incroyable roman sur le détachement, non comme abandon mais comme liberté à laisser aller. Laisser être, devenir et ne plus être, comme un héritage. Tout en fluidité, le texte se rythme, mais il ne peut jamais s’arrêter comme l’inexorable fuite du temps et de la vie. Odessa c’est celle qui comprend tout par une sensibilité extrême. Qui peine à trouver sa place, se questionne sur son identité. Parce qu’elle a dû faire avec les mystères des êtres aimés, elle prend une voix des lisières, une voix qui se lie au Vivant, à l’eau, à la rivière et à la mer, aux oiseaux aussi. Le corps est lui aussi langage qui sent les changements à venir, la fluidité de ce qu’on lui calque comme identité, les possibles révélés dans les frissons de l’épiderme. Une narratrice d’une beauté toute en sensibilité, belle de la douceur de sa voix et de son regard posé sur le monde. Un très beau roman !

Le domaine de Squirelito

À lire directement sur le site ici !

Premier roman de la rentrée littéraire 2026 que je pose en noisette sur le blog. Pourtant, il ne fait pas partie de mes favoris. J’ai failli l’abandonner à plusieurs reprises, noyée par une langue tellement abondante et une ponctuation libre que j’avais l’impression d’être dans un torrent avec une chute proche. Mais cette sensation reflète le message de l’autrice : celui d’un monde à l’image de l’ouragan Katrina au bord du Mississipi où part la protagoniste Odessa lorsqu’elle fuit Saint-Nazaire. 

Un livre de révolte, de désespoir mais aussi d’espérance. Odessa trouve refuge dans l’observation des oiseaux et la puissance consolatrice des arbres, cette fille qui n’a connu dans sa jeunesse que le béton. Pourvu que cette gent ailée puisse être sauvée de toutes les catastrophes humaines !

Le déclic de ma lecture personnelle commence page 55, lorsqu’Odessa évoque la ferme des délices, celle de son grand-oncle : « On se disait paysan. Pas exploitant agricole. On disait terre. Pas propriété. On n’empoisonnait pas la terre. »

Je ne vous en dis pas plus. Lisez ce livre parce qu’il vous fera réagir, parce que c’est un hymne à la nature, parce que c’est une consolation du deuil qui environne chaque être humain. Et si la poésie pouvait sauver le monde et faire revenir les femmes et les hommes à la base de l’existence, entre ciel et terre…

« Les chants des oiseaux sont comme des battements de cœur dans le ciel »

Remue.net par Jacques Josse

À lire ici !

Assise sur une terrasse, une femme, armée d’un fusil, « fait corps avec son arme ». Elle attend. Elle a tout son temps. Elle le prend d’abord pour revisiter son présent d’avant. Elle le fait débuter en septembre 1977, un mois après la mort d’Elvis, alors qu’elle ne s’appelle pas encore Odessa, a tout juste neuf ans et a choisi le prénom Jo (« pour Joséphine »), ce qui lui permet d’effacer instantanément celui que son père, absent, lui a donné.

Elle habite dans une cité HLM à Saint-Nazaire, avec sa mère, ses deux sœurs et son grand frère, Sasha, dix-huit ans, boxeur éphémère, qui aime le rock, le cinéma, le dessin, les voitures et qu’elle adore, se confiant souvent à lui. Elle circule entre la Soucoupe (la salle des sports de la ville) et les Chantiers Navals. Se sent parfois différente mais sans parvenir à préciser en quoi et pourquoi.

« Elle dit j’entends des voix. Il dit N’en dis rien. À personne. Elle dit qu’elle a toujours entendu des voix. Qu’elle n’a jamais su d’où elles venaient. Elle dit C’est de l’intérieur c’est à l’intérieur ça me parle et c’est tout. Ça rend plus fort ce que je dis. Je ne dis rien à personne sauf. Sauf à Sasha. Et Sasha me croit. Mais Sasha me dit. Ne dis rien. Garde ça pour toi. Tout le monde n’est pas prêt à entendre que tu entends des voix. »

En s’arrêtant sur des séquences précises, de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte, et ce sur plusieurs décennies, de la vie d’Odessa (ce prénom s’imposera à elle à l’issue d’un séjour au bord de la Mer noire, (« pour entendre les langues ; pour voir comme tout se mélange »), Sophie G. Lucas compose le portrait émouvant et attachant d’une femme déterminée à ne pas mener une vie qui serait tracée d’avance, et par d’autres.

« Je sais bien que je n’entre pas dans les clous », dit-elle un jour à ses sœurs, non pour se plaindre ou s’excuser mais pour attester d’un état de fait qu’elle accepte et revendique. Le schéma familial habituel, dont les rouages grincent mais qui se perpétue néanmoins (avec mari, enfants, etc ), ce n’est pas pour elle. Ses convictions, qu’elle transforme en actes, la portent ailleurs.

« Odessa devine que ça a à voir avec le vivant. La terre. Le ciel. Les oiseaux. Un truc ancestral. Quelque chose qui se transmet. Elle ne dit pas ça Odessa à ses sœurs. Elle sait que ça peut avoir quelque chose de dingue à entendre et qu’elle est assez dingue pour ses sœurs. Elle ne veut pas se séparer d’elles. »

Il n’y pas de repli sur soi, pas d’individualisme chez elle mais bien au contraire un sens du collectif qui la relie au monde et aux autres, et tout particulièrement à celles et à ceux qui souffrent. Cela passe par un réseau de fils ténus, sensibles. Des liens qui touchent au cœur, au corps, à l’esprit mis en alerte et à l’instinct de solidarité. Elle « a des choses à accomplir. Comme photographier le monde. Comme peindre les gens. Comme créer et recréer. » Quand, quelque part, une catastrophe humanitaire se produit, par exemple l’arrivée dévastatrice d’un ouragan (Katrina) en Louisiane, elle y va, elle s’y frotte. Parce qu’il faut témoigner, rencontrer, aider, documenter toutes les violences – climatiques, politiques, économiques, sociales – que cela implique et qui touchent partout, et la plupart du temps, les mêmes, les déshérités, les laissés-pour-compte, les invisibilisés qu’elle connaît bien et avec lesquels elle partage de solides racines.

La personnalité d’Odessa, entière, active, généreuse, porte haut ce roman qui est rythmé par l’écriture extrêmement dynamique de Sophie G. Lucas. Sa langue, proche parfois du parler usuel, (cherchant ses mots, les reprenant, en ajoutant d’autres, toujours dans une simplicité de vocabulaire, tenant à être précise et comprise, n’hésitant pas à se répéter) procure un tempo syncopé à un ensemble qui se présente sous une forme hybride, puisque s’y mêlent prose, poésie et dessins.

Bientôt, celle qui se tient sur la terrasse en aura fini avec le récit de sa vie. Elle l’aura transmis aux autres et offert aux oiseaux, aux vrais et à ceux qu’elle plie, fabrique, colore, peint sur les routes, colle sur les murs ou lance dans les airs.

« Elle ne saurait dire quand ça a commencé.
Le désastre.
L’accélération du désastre.
Il y avait bien quelques repères.
Des dates.
Des événements.
Les feux. Les inondations. Les suffocations.
Les immersions. Les exodes. Les famines.
Les guerres. »

Que dire de plus ? Si ce n’est inciter à la lecture d’un roman marquant, d’une grande et riche densité, où la vie (dans toute sa complexité) et la mort (ici celle de la mère et du frère) se côtoient, où fiction et réalité se touchent et s’électrisent pour dessiner les contours incandescents d’un monde (d’une humanité) mal en point où des consciences fortes (Odessa en est une) se rassemblent pour alerter.

La viduité

Odessa des fantômes Sophie G. Lucas

Sauvegarde éperdue du monde, des oiseaux et des fuites face au deuil, défaites, catastrophes dont l’inéluctable nous rattrape : ici s’invente, comme dans des parenthèses d’enchantées divergences, une possibilité poétique et politique de la joie, d’un contact détaché aux vivants, à l’invention et à l’écoute de la pluralité des voix qui nous constituent. Par un précis travail sur la langue, sur l’écoute des voix entendues par son héroïne, différemment nommée au fil du récit, par les sauts et découpages d’une conscience inquiète, à l’écoute, sauvagement libre, par les dessins et poèmes où la disparition (tant celle du frère que celle de l’illustratrice, Géraldine L. Guillot) fragilement se transfigure, par la tristesse d’un enjouement, par ses descriptions voyageuse, de la Soucoupe de Saint-Nazaire à La Nouvelle-Orléans, Odessa des oiseaux se révèle un captivant et nécessaire roman sur nos résistances aux désastres déjà là. Il faut lire la manière dont Sophie G. Lucas poursuit ici sa geste des ordinaires, son exploration d’un imaginaire de nos réticentes impuissances.


On continue à penser que la première chose devant frapper dans un livre est son style, son accès à une étrangeté acclimatée. Ici, il apparaît dans la disjonction d’absence de virgule, de sauts entre personnages et narrateur, de brisure de parenthèses. La deuxième épigraphe d’Odessa des oiseaux en offre une interprétation : pour Deleuze, ici cité par Claire Marin, « Toute vie n’est-elle pas une phrase un peu folle, avec ses changements de direction, ses bifurcations, ses ruptures et ses sauts, ses étirements, ses bourgeonnements, ses parenthèses ? »Sans jamais être véritablement perdu, on est directement happé par l’indistinction de ce flux de conscience où les voix des proches, les incompréhensions, les sentiments, s’amalgament dans une haletante, hâtive, perception de la pluralité du réel. Une fuite et une lutte, l’existence dans le combat. D’abord de boxe dans l’impressionnant incipit où, celle qui finira par elle-même se nommer Odessa, raconte à la fois ce qu’elle ressent, des visions d’Elvis Presley qui n’est pas mort, son frère qui ne parvient pas à se relever, et ses pensées, les raisons de ce choix et simultanément l’esthétique de ce roman : « Je ne laisse rien au hasard rien en friche. Je décolle du sol. Je vais la chercher. Je fais rendre gorge à la vie. Je la dépèce. Je la désosse. Je vais voir ce qu’elle a dans le ventre. Je la fais swinguer pour la voir s’épuiser. » Vous l’entendez, le swing ? Pas seulement un exercice de style, une façon d’être au plus près de ce que l’on veut dire : d’abord un partage fraternel presque indifférencié. Un lien si fort avec Sasha anime Odessa des oiseaux tant l’écoute des voix est, à l’évidence, entente avec ce qui est perdu. La défense aussi, dans une première partie, d’une forme d’humilité populaire, un sentiment de liberté, de communauté dans cette cité de Saint-Nazaire. « Moi aussi j’ai bossé aux Chantiers, ça créait une communauté ». Sans pathos ni misérabilisme, la vie d’une famille dite ordinaire et toujours la fierté, la joie même, de cette enfance à l’écart. Une seule anecdote, celle qui encore se fait appeler Flo, pour Les quatre filles du docteur March, un jour fugue, aucune porte de ne lui est fermée, on l’accueille, on l’accepte « surtout quelle liberté, notre enfance avait été ça, libre et sauvage ». Et, le contrepoint souriant de sans doute ce qui ne se nomme pas schizophrénie. « Elles peuvent se mélanger elle dit mais je sais leur nombre elle parlent jamais fort c’est toujours doux ça ne m’assomme pas ça met des images dans la tête et ça me fait regarder les choses autrement ». Odessa entend des voix, le confie à son frère, ils gardent le secret, le traitent par la douceur, une acceptation de la différence quand elle se partage, quand elle ne prétend ni à l’exemplarité ni à la normalité d’un milieu socio-culturel. Une certaine tradition, sans doute, de l’antipsychiatrie, une tolérance pour ces deux enfants qui continuent à s’accepter, à s’entendre dans leur fuite. On aime la manière discrète dont Sophie G. Lucas suggère celle de Sasha, qui déjà n’est plus là, offre seulement un des gants à sa sœur avant d’arrêter la boxe, de partir sporadiquement de chez lui pour mieux y revenir, pour contempler les arbres et s’y identifier.

On se savait un avec elle. La terre. On pouvait continuer à être. À habiter le temps lentement. C’est ce que nous avons gagné. Le temps.


Les étés à la ferme, une tradition que personne ne veut reprendre mais qui trace pourtant la naissance du désastre. Une ferme pas une exploitation agricole, un paysan, là encore une modestie qui est sans regret, sans nostalgie. « on ne voulait pas détruire l’héritage, et même s’il y avait personne pour reprendre l’héritage, au moins ce serait propre. C’était aussi une forme d’héritage. » Sophie G. Lucas ne se paye pas de grands mots, elle montre pourtant une résistance morale, dans la douleur qu’elle induit, dépasse parfois. On sent un geste profondément politique, quelque chose qui amplement outrepasse celle de Diva de Martine Delvaux : il ne s’agit pas de s’inventer un destin cru personnel, car exemplaire. Sur les conseils de son frère, Odessa se met à la batucada, aux rythmes collectifs, la manifestation d’une joie protestataire où sous-tend la désillusion, cette impuissance qui reste forme première, mélancolique, de résistance. Une fuite dont ne pas méconnaître le malheur. « Je fais moisson de mon petit monde Et toi ton monde est-il assez grand » Le récit est ponctué de court texte, on comprend qu’Odessa, un fusil, à la main attend la fin. Vois où ça nous mène et si c’était déjà ça. « Que c’est ce qu’elle faisait en fuyant. Arrêter le temps. Et tout ce que les adultes mettent dedans. Des obligations. Des horaires. »

Se taire d’avoir fait partie du Grand Bouleversement./Du massacre. Des extinctions./Ne pas la ramener.


À l’instar de Mississippi, Sophie G. Lucas veut aussi témoigner de ce qui est, de la manière dont y survit, y meurt et de ce qui, malgré tout, subsiste. Un espoir déçu qui profondément résonne avec notre quotidien, avec la défaite collective de cette absence de réaction à ce dérèglement climatique auquel il semble acter qu’il faille s’adapter, sans doute pour mieux gommer les inégalités radicales ainsi reconduites, renforcées. « et c’est de la misère de la pure misère et c’est une catastrophe et je crois que c’est le début de quelque chose ». Pour témoigner, photographie la confusion des visages, Odessa s’en va à La Nouvelle-Orléans après l’ouragan Katrina. De très belles pages sur cet endroit, une façon pour l’autrice de faire ce qui s’apparente à un documentaire poétique, une saisie du réel dans la continuité de celui de Saint-Nazaire, de cette geste des ordinaires, « et La Nouvelle-Orléans et l’horreur et la fierté et la colère et la survie et la beauté et tout ce qui se mélange et le poids des chagrins. » La perte ne saurait être un renoncement à la beauté dans ce qu’elle a, peut-être, de catastrophique. Dans les phrases de Sophie G. Lucas on entend la musique de cette ville, sa reconstruction, son impuissance, le début de quelque chose qui, bien sûr, va en s’aggravant. Odessa des oiseaux devient alors déchirant, notamment dans ses dessins. Les illustrations sylvestres de Géraldine L. Guillot disent en sous-texte ce deuil, elle a disparu en 2024. « et comment on se débrouille de la mort de nos morts. » Dire la douleur de Sascha, le contact avec la réalité qu’elle permet, peut-être. « J’essaie/Comment décoller de soi. De ses angoisses./De ses tourments/Comme si la vie m’avait séché sur place./À nu./Je n’ai plus d’abri. » Pour être ailleurs, il devient dessinateur de procès. On notera d’ailleurs la liberté que suggère Sophie G. Lucas : Sascha annonce qu’il a décidé de baiser avec des hommes, sa sœur jamais ne se sent vraiment femme, aucun ne se laisse réduire à une identité. « Et on ne fera rien pour éviter les catastrophes. Nous y sommes pourtant. » Est-il utile de le rappeler ? Plus profitable paraît alors ce dialogue qui continue, cette écoute de la mort sans laquelle nulle parole littéraire ne saurait advenir. On retient l’ultime écoute, partagée avec son frère, de Kate Bush. La fuite et l’errance d’Odessa, notamment sur la mer noire forcément, continue « Elle course la mort. La traque. En fait une amie. Elle écoute les voix qui disent que. Que Sascha est là et pas là. » Au quatre coins du monde, Odessa s’invente des rituels, des adieux, des présences. « Je me détache mais je n’ai jamais été aussi proche du vivant. » La catastrophe s’accélère, le COVID, les guerres, inondations et incendies « et la joie oui la joie quand tout est en train de s’effondrer » Malgré tout, témoigner de l’extinction, continuer à vivre dans l’horreur de la réalité. Pas totalement une réalité politique, moins encore une naïve sauvegarde artistique, la trace seulement de ce qui ne disparaît pas tout à fait. En dernière extrémité, Odessa, pour mémoire, plie des oiseaux, les disperse, il reste au moins ça. « Sans les oiseaux que reste-t-il de notre humanité. On dit des oiseaux qu’ils sont les émissaires de l’âme après la mort. Est-ce qu’on le mérite. Est-ce qu’on les mérite. » Seulement un geste humble, impuissant en apparence mais inaliénable sombre comme la joie toujours peu ou prou endeuillée. Tout au long d’Odessa des oiseaux on a ressenti une profonde, instinctive, reconnaissance pour la vision de Sophie G. Lucas, que dire de plus ?

Lucy pour ActuaLitté

D’abord des objets. Des gestes. Une attente. « Le fusil. Les cartouches. L’angle de la lumière. Le vent. » Sophie G. Lucas ne raconte pas Odessa des oiseaux en ligne droite ; elle le fait respirer par éclats, reprises, blancs, changements de voix. Une femme se tient sur une terrasse et doit agir. Avant cela, le texte remonte : Saint-Nazaire, la Soucoupe, les Chantiers, l’enfance auprès de Sasha. Un frère solaire auquel Odessa disait : « Je suis la plus fière de tout l’Univers ».

La langue est la première force du livre. Elle coupe, répète, bifurque, laisse parfois la grammaire céder devant le rythme de la mémoire. Les dessins de Géraldine L. Guillot ne décorent pas ce mouvement : ils l’interrompent, l’assombrissent, lui ouvrent d’autres espaces. Puis viennent la Louisiane, Katrina, la violence climatique et politique, plus tard Odessa et ce qu’une ville peut déposer dans un corps. « on ne sait pas comment une ville peut naître en soi » : la phrase résume cette manière d’emboîter les territoires dans les êtres.

Le deuil familial et le désastre écologique se répondent sans être confondus. Quand la mère disparaît à son tour, la douleur se concentre dans une question minuscule : « Je ne me consolerai jamais de ne pas savoir quel était ton arbre préféré. » Plus tard, lorsque les oiseaux s’effacent du ciel, le texte leur adresse des injonctions presque enfantines : « Apprenez-nous à vivre ensemble ». Cette simplicité touche précisément parce qu’elle surgit après tant de fragmentation.

La forme possède toutefois son revers. À force de ruptures, d’anaphores et d’énumérations, certaines séquences saturent leur propre intensité. Le discours écologique, d’abord porté par les absences et les sensations, devient parfois si explicite qu’il réduit la part d’interprétation du lecteur. Les glissements de personne et de temps peuvent également désorienter, surtout lorsque plusieurs strates de mémoire se superposent.

Mais cette désorientation n’est presque jamais gratuite : elle épouse une conscience qui tente de tenir ensemble ses morts et un monde qui se défait. « Sans les oiseaux que reste-t-il de notre humanité. » La question pourrait sonner comme un slogan ; Lucas la ramène sans cesse au corps, au papier plié, au regard, au souffle. Odessa des oiseaux ne promet aucune réparation. Il cherche une langue pour ne pas consentir à la disparition — et, lorsque cette langue accepte de se taire un peu, elle frappe très fort.


En Attendant Nadeau par Sophie Ehrsam

À lire directement ici !

Sophie G. Lucas, voix importante de la poésie française actuelle, continue le récit familial entamé avec Mississippi (La Contre-Allée, 2023) avec un nouvel opus, Odessa des oiseaux, qui retrace l’enfance, l’adolescence et les choix de l’âge adulte. Ce livre, marqué par la question du deuil, familial et environnemental, mais porté par une langue fluide et rythmée à la fois, ne plonge pas dans le désespoir.

Ce récit n’a qu’un rapport lointain avec la ville ukrainienne : Odessa est le nom que s’est choisi l’héroïne, dont on découvre l’enfance dans une cité HLM à Saint-Nazaire (l’époque est au spatial, l’un des bâtiments est surnommé « La Soucoupe »), l’évolution et les voyages, à Odessa mais surtout à La Nouvelle-Orléans. On lit aussi un beau portrait de frère : Sasha semble être le seul à comprendre véritablement sa sœur, qui se confie à lui. Et les oiseaux, alors ? Ils accompagnent Odessa dans ses rêveries et elle trouve en eux une aide pour composer avec la mort. Éprise de vie, d’élan, de musique, fascinée par leur vol et leurs chants, elle se bat pour que leur présence sur terre – et la nôtre – puisse perdurer.

Odessa, c’est un nom qui est venu plus tard. Au début, on suit une jeune fille sans nom passionnée par Elvis et fan de son frère Sasha, qui s’essaie à la boxe. Elle a des airs de garçon manqué, comme Jo dans Les quatre filles du docteur March, nouveau nom qu’elle se choisit, bien avant Odessa. Elle ne connaît pas, dans son enfance et son adolescence, uniquement le béton : parfois on rend visite à la famille, à la campagne. C’est la ferme d’Elie, dite « Ferme Deli ». Sasha a le goût des arbres, dont des croquis jalonnent les pages du livre (croquis réalisés par Géraldine L. Guillot, une proche de Sophie G. Lucas décédée en 2024) ; sa sœur, celui des eaux et des oiseaux.

Sasha quitte Saint-Nazaire, ce qui ne choque personne, la famille a des antécédents d’hommes et de femmes qui s’en vont ; cependant, il ne fonde pas de foyer. Odessa se rend compte elle aussi, au détour d’un barbecue estival, qu’elle ne saurait vivre comme ses sœurs un destin domestique d’épouse et mère. Elle part loin, outre-Atlantique, à New York (passage obligé par Little Odessa) puis à La Nouvelle-Orléans, au bord du Mississippi, après le passage de l’ouragan Katrina.

C’est là, plus qu’ailleurs dans le récit, qu’on renoue avec Mississippi, livre dans lequel Odessa est la dernière branche d’un arbre généalogique français et américain. Non seulement le long fleuve semble transmettre son bouillonnement de génération en génération, mais Sophie G. Lucas écrit sur les humbles, les mal compris, les filles-mères et les sans-gloire, comme en témoigne le titre complet : Mississippi. La geste des ordinaires. D’autres indices décelables dans le nouvel opus rappellent le précédent : les références au cinéma, dont Odessa serait un berceau au même titre que la France ; au carnaval, qu’il se déroule à Paris ou en Louisiane.

Odessa des oiseaux donne à voir des maux de notre temps, particulièrement les épidémies : celle du sida est nommée, et une autre, gratifiée d’une majuscule, qui empêche Odessa d’assister à des funérailles familiales, ressemble à celle du covid. Faute d’avoir pu être présente sur le moment, le personnage énumère différentes traditions autour des rites funéraires et du corps des morts, du Tibet à l’Amérique du Sud en passant par le Grand Nord, comme pour entourer par l’imagination ou par procuration la personne décédée de tous les égards possibles, comme pour trouver un rituel qui permette au processus de deuil de commencer.

La mort plane en réalité sur le récit dès le départ : le fantôme d’Elvis parle à celle qui deviendra Odessa, qui entend des voix et se sent déjà différente. D’autres thèmes reflètent la fin du XXe siècle et le début du XXIe – le vieillissement, les discriminations, les différentes sexualités –, mais c’est la mort, la perte et le deuil qui dominent dans un monde où la vie humaine et le vivant dans son ensemble sont en péril. Hantée par son reportage sur l’ouragan Katrina, Odessa envisage un futur inondé : « Ce sont toutes les eaux traversées en une vie qui remontent à elle. Elle se souvient surtout de la mer à Saint-Nazaire. De la mer à Odessa. Du fleuve du Mississippi. Des marais de l’enfance. Et puis des eaux qui ont monté. On lui a dit. La Soucoupe à moitié noyée. La Nouvelle-Orléans disparue. L’enfance engloutie. Tout un monde anéanti. Elle a soixante-huit ans. »

Où trouver alors la force de vivre ? Elle la puise dans son environnement naturel, mais aussi dans des œuvres, notamment la musique de Kate Bush, un air entremêlé de chants d’oiseaux en particulier, qui plaisait aussi à son frère – « Nous sommes de drôles d’oiseaux Sasha ». La boucle est bouclée avec Elvis puisqu’une chanson, King of the Mountain, est un hommage à celui-ci. L’écriture cadencée de Sophie G. Lucas, tantôt courant impétueux, comme une pensée qui déborde, dissolvant la ponctuation, tantôt pleine d’échos comme un concert matinal de chants d’oiseaux, porte l’attention de bout en bout, sans craindre les répétitions ou les tournures familières. La poésie est ici dans son élément, entre le ciel et l’eau.

ActuaLitté par Ewen Berton

Une femme armée revisite les fractures de sa vie

Une femme est sur une terrasse, armée d’un fusil ; alors qu’elle doit prendre une décision, elle revisite sa vie par fragments.

Odessa nous fait entendre une enfance dans la ville de Saint-Nazaire, entre la Soucoupe et les Chantiers, aux côtés de son frère Sasha, à qui elle voue une admiration sans borne ; une adolescence en marge, à chercher une issue ; et puis cet appel : la Louisiane, pour témoigner, documenter la violence – climatique et politique – de l’ouragan Katrina.

En alternance avec le récit d’Odessa, une autre voix se dessine : celle de Sasha qui avec ses dessins et ses poèmes offre une perspective, un ailleurs. Cet amour fraternel entre Odessa et son frère, sa beauté, son intensité sera comme une lueur qui guidera le parcours de la jeune femme.

La langue de Sophie G Lucas, d’une folle inventivité et d’une précision remarquable, nous permet d’être au plus proche des personnages et de ce qui les animent. Odessa des oiseaux est un roman qui interroge autant l’intime que le politique.

Sophie G. Lucas est née en 1968 à Saint-Nazaire et vit à l’ouest. Elle a été journaliste dans des radios associatives, correspondante locale de presse sur des quartiers populaires, AESH, etc. Elle anime des ateliers d’écriture en milieu scolaire, pénitentiaire, hospitalier… Elle publie depuis une vingtaine d’années des livres plus ou moins épais, plus ou moins poétiques, plus ou moins documentaires, plus ou moins autobiographiques. Depuis Mississippi, elle navigue entre formes libres, poésie et romanesque.

Son premier recueil, publié en 2007 (Le dé bleu), a reçu le Prix de la ville d’Angers, présidé par James Sacré. Contributrice au recueil Lettres aux jeunes poétesses (L’Arche, 2021), elle est également présente au sein de l’Anthologie de la poésie française (Philippe Torreton, éditions Calmann-Lévy, 2022). Mississippi, son précédent roman, est en cours de traduction aux éditions Archipelago book, aux États-Unis.

Géraldine L. Guillot a consacré sa vie au dessin, au cinéma d’animation, à l’illustration et à l’enseignement. Diplômée de la faculté de Rennes et de l’École des Gobelins, elle a travaillé en France et au Canada où elle s’était expatriée.

Géraldine et Sophie, sœurs, ont régulièrement collaboré depuis l’adolescence : affiches, BD, fanzines. Jusqu’à la couverture de Carnet d’au bord (Potentille, 2014) où il est déjà question d’un arbre. Les dessins d’Odessa des oiseaux sont issus des carnets de Géraldine.

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ActuaLitté par Bernard Strainchamps

La grande fête annuelle de la librairie démarrera fin août comme chaque année, avec son lot de romans, les premiers, les francophones, les traductions. Si 277 romans de cette rentrée ont été utilisés pour amorcer la tendance 2026, aucun n’a été blessé (certains furent blessants…). Et s’impose d’emblée un constat : la littérature prend le présent à bras-le-corps, sans distance ni précaution.

L’obsession de l’intime

C’est à nouveau le thème dominant de cette rentrée. L’enfance traumatique, les secrets de famille, l’émancipation difficile traversent une large part de la production. Des mères envahissantes, des pères absents, des fratries qui se déchirent en silence. Sophie G. Lucas compose avec Odessa des oiseaux chez La Contre Allée une enfance ouvrière à Saint-Nazaire, entre la Soucoupe et les Chantiers, aux côtés d’un frère adoré. 

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