Le Monde Libertaire par Patrick Schindler
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Avant de découvrir Pas dans le cul aujourd’hui ! (éd. La contre Allée, traduction du tchèque Barbora Faure), il convient de se remémorer quelque peu le contexte tchèque durant les années de la terreur stalinienne d’après-guerre. Nous comprendrons alors mieux la portée du titre d’un des poèmes de Jana Cerna très provocateur qui commençait ainsi : « Pas dans le cul aujourd’hui / J’ai mal / Et puis j’aimerais d’abord discuter avec toi / Car j’ai de l’estime pour ton intellect »… Propos d’autant plus provocateurs que cette petite bombe éclata au milieu de « ces années de terreur et d’intégrisme, comme une métaphore du féminisme » nous dit Anna Rizello, la préfacière qui poursuit « le féminisme de Jana Cerna, étroitement lié à son refus anarchiste de tout ordre établi semble davantage s’attaquer à l’ordre patriarcal et au machisme qu’au mâle en soi. Dans une démarche de recherche de nouveaux possibles, d’un espace où sexualité et activité intellectuelle ne s’opposeraient pas ».
Argument que nous allons vérifier en lisant sa longue lettre d’amour composant ce récit « qui n’a ni rime ni raison » disait Jana lorsqu’elle l’écrivit juste avant le Printemps de Prague à son amant Egon Bondy, cette grande figure de l’underground pragois. Il serait vain de tenter de résumer la lettre présentée dans cette nouvelle publication, tant elle est saturée de sens et de formules chocs dont nous vous proposons une petite sélection.
Evoquant par exemple les grands concepts marxistes à la gloire du travail, Jana lance ceci, non sans humour et bon sens : « Je ne sais pas comment ce Marx peut considérer le travail comme une activité constructive, peut-être est-ce grâce à l’usine de sa femme ? » ! Jana aime à souligner ses convictions libertaires à son amant « Je refuse de m’imposer des limites. Je sais que je suis irraisonnable parce que tout ce qui est sain et raisonnable me répugne » et de justifier cette affirmation. Pour ce qui concerne sa relation avec Egon, elle lui précise « Tu penses que ton côté sentimental me déplait, comme tu te trompes mon chéri, il me plait beaucoup et j’en ai besoin ». Ce qui n’empêche pas Jana de se lancer dans ce qu’on pourrait appeler un petit condensé érotique des plus crus où « sperme et chatte » sont rois et où le manque et la satiété se font concurrence dans une course folle « à la jouissance par les mots ».
Après un passage reposant, plus romantique et apaisé, Jana évoque ce que représente pour elle, la fusion de la philosophie et de la poésie. Mais, « une poésie inutile qui ne ressemble pas à une jeune fille de bonne famille muée en prolétaire pour avoir une bonne appréciation dans son dossier personnel ». On appréciera l’image ! A la fin de sa lettre à son amant, Jana Cerna l’ayant relue, la revendique « dans son désordre total et catastrophique » et la signe. Impressionnant !













