
Nouvelle république, Didier Darrigrand
« Une fois mère, on a des comptes à rendre »
Dans un livre sorti ce jeudi 7 mai, Jenny Dahan rassemble des textes écrits pendant une dizaine d’années, questionnant de manière intime et universelle la maternité. Avec un micro pour présenter ses chansons ou avec un stylo pour écrire des poèmes, Jenny Dahan aime jouer avec les mots. Dans son livre Etat mère, sorti ce jeudi 7 mai, elle s’interroge sur la maternité.
Comment vous considérez-vous : chanteuse, poète ou écrivaine ?
Jenny Dahan : « Ça dépend, mais je travaille toujours avec les mots et souvent avec la voix. Ce livre est une réflexion sur un sujet qui me concerne personnellement, avec aussi un regard poétique. J’essaie d’exprimer des choses que je pense contradictoires et qui cohabitent quand on est mère. La maternité est à la fois intime et politique.»
« J’aime mes enfants, mais je me suis sentie piégée »
En quoi la maternité est-elle politique ?
« Ce sont les mères qui fournissent la matière première des citoyens. Il n’y a pas de société sans mère, mais il n’y a pas de réflexion sur ce rôle. Les mères sont plutôt désavantagées socialement, elles font le triple de travail. »
Y a-t-il une pression sociale à être mère ?
« Pas vraiment. Moi j’ai fait des enfants jeunes, comme ma mère. Mais sans réflexion préalable. Il y a une baisse de la natalité, ça risque de poser des problèmes démographiques, ça va peut-être permettre aussi de se poser des questions. Pourquoi on fait des enfants, comment on les élève, est-ce que l’État est leur second parent. Une fois mère, on a des comptes à rendre. Il faut faire comme on te dit de faire. Moi, je l’ai très mal vécu. »
Peut-on parler de perte de liberté ?
« Nous sommes libres de faire des enfants, mais la société s’en empare. En faisant des enfants, on fournit des citoyens au système capitaliste. Je me suis en partie sentie dépossédée. Il faut évidemment des contrôles, car il y a des enfants maltraités. Je ne donne pas de solutions, mais j’ai voulu dire ce que moi, j’ai ressenti. Dans cette société, la maternité manque de poésie. »
Pourquoi avoir écrit ?
« Il y a un aspect thérapeutique, j’ai fait une grosse dépression et j’ai cessé un moment de vivre avec mes enfants. Quand je parlais à d’autres mères, je me suis aperçue que je n’étais pas la seule à ressentir cette sorte de désarroi. Une mère est censée bien se comporter, avec bienveillance, mais on est en réalité traversées par des sentiments contradictoires, y compris de la colère. Même si j’aime mes enfants, je me suis sentie piégée.»
Que contient ce livre et à qui le destinez-vous ?
« Ce sont des textes écrits pendant une dizaine d’années. Il y en avait beaucoup mais nous avons fait un tri avec l’éditeur. Il m’a réellement accompagnée, pendant deux ans. Au final, c’est un petit livre qui se lit en moins d’une heure. Je pense que ça peut parler aux femmes, devenues mères ou pas, mais aussi aux hommes. »

