Des lions comme des danseuses

« On avait beau jeu d’affirmer qu’elles avaient été achetées, car certains explorateurs ou certains représentants de l’Etat français (…) avaient sans doute troqué ces œuvres contre peu d’argent, ou des babioles, ou des menaces. Aucune transaction inattaquable, certainement. Certes il était possible d’affirmer qu’en les volant on les avait sauvées mais c’était tout de même tordu. »

 

Une nouvelle édition enrichieavec une postface de Bénédicte Savoy.

 

De la fiction à la réalité

Lorsqu’il choisit en 2015 de traiter le thème de la restitution des oeuvres d’art spoliées durant la colonisation, Arno Bertina n’imaginait certes pas que cette fiction deviendrait une question d’actualité en 2018 lors de la parution du rapport Savoy Sarr intitulé Restituer le patrimoine africain, en date du 23 novembre 2018.

 

Une fable

En trouvant l’audace d’intenter une procédure contre le Musée du quai Branly, à Paris, le roi de Bangoulap – un village du pays bamiléké, dans l’Est du Cameroun –, ne pouvait pas deviner que c’était en fait l’Europe libérale et carnassière qu’il allait complètement déshabiller. 

Les pays africains réclament la gratuité du musée pour leur ressortissants arguant que les œuvres exposées leur appartiennent. Sans réponse, ils interpellent l’Union européenne qui finit par admettre la propriété africaine de ces œuvres à la surprise générale, bien qu’elles participent de l’identité européenne. 

Cette première demande accordée, les Africains décident de ne pas s’arrêter là. On assiste alors au désenchantement de l’Union européenne se voyant obligée de céder à toutes les requêtes successives, qui aboutissent à la libre-circulation des ressortissants africains avec l’ouverture des frontières, où la notion de gratuité prime. 


Postface

« Qui connaît la difficulté qu’il y a, aujourd’hui et à l’avenir, pour les musées du monde entier, à penser et exposer les oeuvres de façon de historiquement fondée, éthiquement viable et politiquement praticable, éprouvera l’intelligence et le caractère subversif de la fable d’Arno Bertina comme un moment de libération. » Bénédicte Savoy

La postface propose un résumé et condensé des discussion et des problématiques autour de la question des restitutions d’oeuvres. Elle met en lumière ce qui dans la fable d’Arno Bertina fait écho au réel.

Cette postface accompagne initialement l’édition allemande Des lions comme des danseuses, parue en 2016.

 


Biographie de Bénédicte Savoy

 

Professeure au département d’histoire de l’art de l’université technique de Berlin en 2003, elle y est depuis 2009 titulaire d’une chaire consacrée à l’« Histoire de l’art comme histoire culturelle » (« Kunstgeschichte als Kulturgeschichte »). Ses travaux portent sur l’histoire culturelle et sociale des arts, sur l’histoire des musées, sur les questions de spoliations artistiques. De 2007 à 2012, Benedicte Savoy a été membre junior de l’Académie des sciences de Berlin (« Junge Akademie »). Elle est depuis 2007 membre du cluster d’excellence « Topoi - The Formation and Transformation of Space and Knowledge in Ancient Civilization » à Berlin.

 

Elle est également l’auteure d’une vingtaine d’ouvrages parmi lesquels, en français : Patrimoine annexé. Les biens culturels saisis par la France en Allemagne autour de 1800. Son enquête de 2011 sur la présence à Berlin du buste de Nefertiti (Nofretete. Eine deutsch-französische Affäre, 1912-1931) a été relayée par la presse allemande (Der Spiegel) et française (Le Monde).

 

Bénédicte Savoy co-dirige avec Andreas Beyer et Wolf Tegethoff le dictionnaire de référence Allgemeines Künstlerlexikon (AKL) aux éditions De Gruyter, chez qui elle co-dirige également les collections « Ars et Scientia » (avec Gregor Wedekind et Michael Thimann) et « Contact Zones » (avec Lars Blunck et Avinoam Shalem).

 

En mars 2018, elle se voit confier par le président de la République Emmanuel Macron une mission d’étude avec l’écrivain et économiste sénégalais Felwine Sarr sur les restitutions temporaires ou définitives aux pays d’origine du patrimoine africain ramené dans des institutions culturelles françaises pendant la période de la colonisation. Ce rapport, remis officiellement le 23 novembre 2018, est publié au Seuil.

 

Arno Bertina

Né en 1975, Arno Bertina publie son premier roman, Le dehors ou la migration des truites, chez Actes Sud en 2001. Paraitront ensuite Appoggio (Actes Sud, 2003) et Anima motrix
(Verticales, 2006), ces trois titres constituant une manière de
triptyque. En marge, il va initier de nombreuses collaborations avec des
photographes, ou au sein du collectif Inculte. Je suis une aventure, son dernier roman, est paru en 2012 chez Verticales.

Sur internet

Video de la rencontre à la librairie Le Tirloy, le 16 mars 2015, par Libfly :

 

 

 

Rencontre autour de la collection Fictions d'Europe au Théâtre du Nord, le 15 avril 2015

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