Le Temps par Isabelle Rüf
«Faster», de l’auteur Eduardo Berti: une méditation vibrante sur le temps et la vitesse.
L’écrivain argentin Eduardo Berti évoque le Buenos Aires de sa jeunesse, au rythme des Beatles et des circuits automobiles.
Roman de formation, histoire d’amitié indéfectible, portrait d’uneépoque et réflexion sur le temps, Faster rassemble tout ça en 108 brefs chapitres, tendres et enjoués. Buenos Aires, à la toute fin des années 1970: deux garçons de 14 ans, Fernàn et le narrateur, publient un fanzine underground confidentiel, tiré sur des stencils à alcool. Un magazine sportif alors que leur rapport au sport est « essentiellement platonique, une simple idéalisation de tout ce que nous étions incapables de faire ». Ils se passionnent davantage pour le rock, adulent les Beatles, surtout George Harrison, le moins considéré des quatre. Faster renvoie à un single de leur idole. Sur la pochette du disque, le titre est entouré d’unefrise de coureurs automobiles au sommet de laquelle trône l’image d’une autre de leurs icônes, l’ex-champion Fangio. Par la suite, ils offriront ce disque fétiche au pilote, fierté de la nation.
Un verre de lait et des biscuits
Car il leur vient l’idée folle de demander, pour leur journal, un entretien à ce dieu de la vitesse. Dans son garage debanlieue où il travaille désormais, il les accueille avec un verre de lait et des biscuits. Faster est composé des souvenirs diffus de cette rencontre, où la vitesse de Fangio est « décomposée en mille éclats d’immobilité ». Des citations l’émaillent pour répondre aux questions que les adolescents n’ont pas su poser. Ainsi: « La rapidité est sublime et la lenteur majestueuse. Fangio aurait pu le formuler mais c’est Rivarol qui l’a dit. »
Eduardo Berti est un écrivain argentin qui vit en Europe et écrit en espagnol comme en français. Il est aussi membre de l’Oulipo et Faster rappelle le Je me souviens de Georges Perec. Harrison, Fangio, les petits éclats de mémoire intime nimbent l’adolescence des deux amis d’une légèreté qui échappe au poids des années noires de la dictature militaire (1976-1983). Par la suite, à l’âge adulte, Fernàn et le narrateur resteront un temps ce binôme bizarre, un couple de journalistes sportifs et culturels. Puis leurs vies se sépareront mais leur lien survivra, car « les amitiés se forgent à l’aveugle, explosent à des moments inattendus et un peu comme les vocations, comme si quelque chose nous choisissait ».


