Revue de presse

← Sourdre ou l’enterrement de mes oreilles

Libération, F.Ba.

ZOÉ BESMOND DE SENNEVILLE SOURDRE OU L’ENTERREMENT DE MES OREILLES, La Contre-Allée.

Dans Sourdre ou l’enterrement des mesoreilles, Zoé Besmond de Senneville fait le récit d’un deuil sensoriel. Dans ce recueil, qui est l’augmentation d’un précédent livre aux éditions Maëlstrom et le texte d’un spectacle joué début novembre à Paris, la poétesse et comédienne narre en vers libres le diagnostic de sa surdité et les angoisses qui accompagnent la découverte de la maladie dégénérescente qui l’accable. «en fait le seuil de la perte de l’audition/ c’est un endroit de violence infinie mais tu ne savais pas qu’il existait», écrit celle qui prend la parole contre cette disparition brutale.

Yanous, entretien avec Laurent Lejard

Sourdre, une poésie spectacle

Arrivée au terme d’un parcours créatif de cinq ans, Zoé Besmond de Senneville publie son œuvre aujourd’hui. Interview.

Au printemps 2021, Journal de mes oreilles a claqué comme un long cri de colère et de révolte contre la malentendance diagnostiquée le jour de ses 25 ans. Dans ce récit, Zoé Besmond de Senneville racontait son vécu, ses difficultés, l’entrave à ses projets artistiques, tout cela sans accompagnement ni conseil. C’est par sa seule volonté qu’elle a transformé ce handicap en performance poétique, Sourdre. Ce long poème à l’enterrement de ses oreilles est à la fois un recueil publié aux éditions de La Contre Allée et un spectacle créé le 2 novembre 2026 à Paris aux Plateaux Sauvages (détails en Agenda) et interprété pendant deux semaines avant de parcourir les routes.

L’ensemble de l’entretien est disponible ici

Strophe, Jean Legay

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Zoé Besmond de Senneville, sans sourdine

Perdre l’audition et monter sur scène pour raconter ce qui disparaît. Il fallait oser. Avec Sourdre ou l’enterrement de mes oreilles, Zoé Besmond de Senneville transforme son histoire intime en expérience théâtrale, musicale et sensorielle. Du 2 au 14 novembre, aux Plateaux Sauvages à Paris, l’autrice et comédienne signe une création qui entend bien bousculer quelques habitudes. Et pas seulement celles du public.

Il y a des enterrements plus joyeux que d’autres. Celui que prépare Zoé Besmond de Senneville promet d’être particulièrement sonore. La défunte ? Son audition. Le cercueil ? On verra. Quant à la cérémonie, elle convoquera poésie, musique, images, vibrations et quelques comptes rendus médicaux. Lesquels n’ont pas exactement la réputation de faire de la bonne littérature. 

Diagnostiquée d’une otospongiose, une maladie affectant l’audition, l’autrice et comédienne a vu son rapport au monde se modifier. Les voix deviennent incertaines, les sons se déforment, la fatigue s’installe. Le corps continue d’habiter le même espace, mais ses repères ont changé. 

De cette expérience douloureuse, elle a tiré un texte, publié aux éditions La Contre Allée, puis un spectacle. Treize scènes pour accompagner un drôle de deuil : celui d’une faculté qui s’efface tandis que la vie, elle, poursuit sa conversation. 

Les scanners aussi ont leur poésie 

Chez Zoé Besmond de Senneville, la maladie n’a pas seulement fourni un sujet. Elle a ouvert un territoire d’écriture inattendu : celui de l’hôpital, de ses machines et de son vocabulaire. 

« C’est comme une carte à l’intérieur du corps », raconte-t-elle à propos des images de scanner, dont elle admire l’étrange beauté. Les comptes rendus médicaux, eux, deviennent une matière littéraire aussi fascinante que brutale. 

Il fallait sans doute un certain tempérament pour trouver de la poésie dans un dossier hospitalier. Mais c’est précisément ce déplacement du regard qui intéresse l’artiste. Mettre en scène la violence clinique, confronter la langue médicale à celle du poème, faire surgir une forme de beauté là où l’on attendrait plutôt une ordonnance. 

Le spectacle emprunte aussi un chemin plus souterrain. À mesure que son audition décline, Zoé interroge les silences transmis par les femmes de sa famille. Deux histoires se répondent : celle d’un corps qui entend de moins en moins et celle de paroles longtemps retenues. Comme si la disparition des sons réveillait une mémoire enfouie. 

Le tout avance vers un enterrement fictif, conçu comme un rituel. Non pour célébrer la défaite, mais pour donner une forme à ce qui semblait jusque-là impossible à raconter. 

Un spectacle qui s’écoute aussi avec le corps 

Sur scène, trois partitions dialoguent : le texte, le son et l’image. Aucune ne doit se contenter d’illustrer les deux autres. 

La musique d’Henry Grillot, les projections, la création visuelle et les dispositifs de surtitrage composent un environnement où le spectateur est invité à éprouver les déplacements de perception. Le son peut se transformer en texture, la parole perdre de sa netteté, l’image prendre le relais. 

Mais l’ambition dépasse la seule esthétique.  Pour Zoé, l’accessibilité n’est pas une formalité à régler après la création, entre la billetterie et le programme de salle. Elle appartient à l’œuvre elle-même. 

« Moi, c’est ma démarche artistique. Ça fait partie de mon œuvre », insiste-t-elle au cours de notre entretien. 

Aux Plateaux Sauvages, le dispositif prévoit notamment du surtitrage, des représentations bilingues en langue des signes française, une séance en audiodescription et des gilets vibrants permettant de ressentir physiquement certaines fréquences sonores. 

L’enjeu n’est pas de fabriquer un théâtre réservé aux personnes handicapées. C’est exactement l’inverse : permettre à des publics qui ne partagent pas les mêmes capacités sensorielles de vivre ensemble une expérience artistique. 

Et poser, au passage, une question assez embarrassante pour le spectacle vivant : pourquoi l’accessibilité demeure-t-elle si souvent une exception ? 

Du système D à la scène 

L’histoire de cette création tient également du parcours d’obstacles. 

Lorsque nous avions échangé avec Zoé lors d’une précédente campagne de soutien, le projet cherchait encore ses moyens. Quelques personnes mobilisées, beaucoup d’énergie, peu d’argent. La situation familière de nombre d’artistes, avec cette particularité que l’ambition technique du spectacle semblait inversement proportionnelle à son budget. 

Une première impulsion vient du dispositif Adami Déclencheur. Puis la rencontre avec Laëtitia Guédon, qui l’oriente vers le festival Fragments, change la donne. 

Il faut alors fabriquer une maquette. L’équipe est réunie pour l’occasion. Cinq jours de travail, une première proposition, et le projet commence à prendre corps. 

Laëtitia Guédon découvre également une lecture à la Maison de la poésie. Elle décide de programmer le spectacle. Les partenaires suivent, les soutiens se multiplient, une véritable production se constitue. 

« J’ai l’impression que c’est une espèce de miracle », nous confie Zoé, encore étonnée de voir aboutir cette aventure dans un contexte où les financements du spectacle vivant sont sous tension. 

Un miracle, peut-être. Mais qui réclame surtout une organisation considérable. Car concevoir un spectacle accessible suppose des moyens humains, financiers et techniques, ainsi qu’un dialogue permanent avec des lieux qui ne sont pas toujours préparés à accueillir ces dispositifs. 

À quelques semaines de la première, l’artiste ne cache d’ailleurs pas ses inquiétudes. Il reste à éprouver les installations, coordonner les équipes, accueillir les publics. Entre l’ambition d’une création et sa réalité sur un plateau, il y a parfois quelques kilomètres de câbles. 

La poésie n’a pas dit son dernier mot 

Reste une question : comment faire voyager un spectacle aussi élaboré ? 

Zoé y réfléchit déjà. Une première étape de travail a été présentée au festival MidiMinuitPoésie, à Nantes, sous la forme d’une lecture musicale surtitrée. Mais il ne s’agissait pas encore d’une version nomade aboutie. Les formats légers qui pourraient permettre au spectacle de circuler dans des festivals et des lieux moins équipés sont actuellement à l’étude. Leur forme sera précisée à l’issue de la création. 

Car il est un élément sur lequel l’artiste ne transigera pas : l’accessibilité doit accompagner le spectacle partout où il ira. 

C’est peut-être là que Sourdre trouve sa dimension la plus politique. Non dans un discours sur le handicap, mais dans une manière de repenser concrètement la place du spectateur. Qui peut venir ? Qui peut comprendre ? Qui doit encore demander des aménagements pour accéder à ce qui est proposé aux autres ? 

Zoé Besmond de Senneville ne prétend pas avoir résolu toutes ces questions. Elle les transporte sur scène, avec leurs contradictions, leurs difficultés et leurs possibilités. 

Et lorsqu’elle parle de son aventure, une joie presque enfantine traverse soudain la conversation. Perdre l’audition, explique-t-elle, a été douloureux. En faire un spectacle, en revanche, est une formidable expérience. 

La poésie a décidément de curieuses façons de se rendre utile. 

Et le silence, cette fois, risque de faire beaucoup de bruit. 

AligreFM, Chute libre

Entretien d’Emmanuel Gavard avec Zoé Besmond de Senneville, atteinte d’otospongiose, une maladie dont on ne connaît ni les causes, ni véritablement l’évolution mais qui atteint ses oreilles. Dans son travail artistique, elle raconte cette expérience vers le silence, pourtant très bruyant, avec les mots du poème, et la vie de la scène. Ou la vie du poème et les mots de la scène. Après « Sourdre et autres poèmes », voici « Sourdre ou l’enterrement de mes oreilles », aux éditions de la Contre Allée, un texte qui sera créé en novembre 2026 aux Plateaux Sauvages.

L’entretien complet disponible en suivant le lien ici