Revue de presse

← Mutines

L’Essentiel par Olivia Cohen

Avec Mutines, Perrine Le Querrec nous raconte les « écoles de préservation »

De 19h à 20h30, une rencontre avec l’autrice Perrine Le Querrec est prévue à la Chouette librairie, à Lille. Au menu : un échange sur Mutines, son dernier ouvrage, publié par la maison d’édition lilloise La Contre-Allée.

DE QUOI ÇA PARLE ?

  • Mutines donne la parole à de très jeunes femmes enfermées dans ce qui s’appelait au début du XXe siècle des « écoles de préservation », situées à Cadillac (Gironde), Doullens (Somme) et Clermont (Oise).
  • « Elles ont été créées fin XIXe – début XXe et elles ont toutes les 3 fermé dans les années 1950, quand il y a eu un dernier suicide dans celle de Cadillac », rappelle Perrine Le Querrec.
  • « J’avais envie de transmettre et de faire connaître le régime carcéral qui avait pesé sur ces gamines pendant une cinquantaine d’années. »
  • « Dire une ‘école de préservation’, c’est toujours cette étrange et éternelle vision qu’on a des filles, à savoir qu’elles ont besoin d’être préservées. Mais préservées de quoi ?« 

« J’AI UN TEL AMOUR DES ARCHIVES »

  • D’environ 70 pagesMutines mêle « poésie, prose et archives » : « C’est assez court parce que je déteste me perdre en décors, en costumes, en détails ! »
  • Avant d’attaquer l’écriture d’un nouveau livre, Perrine Le Querrec se nourrit systématiquement d’archives : « J’ai été ‘recherchiste’ pendant plus de 20 ans. C’est un terme canadien pour désigner un métier où vous additionnez les compétences d’une iconographe, d’une archiviste et d’une documentaliste. »
  • « C’est pour ça aussi que j’ai un tel amour des archives, cela m’a permis de découvrir et d’apprendre sur des sujets sur lesquels je ne serais jamais allée spontanément. »

CE QU’ON LIT

  • Sur la première page, est reproduit un article de presse de 1934, décrivant une mutinerie à l’école de préservation de Clermont.
  • Perrine Le Querrec donne ensuite la parole à 3 narratrices, qui décrivent leurs conditions de détention. Quelques extraits de textes de loi ou d’ouvrages sont également cités au fil des pages.
  • Un style poétique, où la ponctuation est parfois absente. À l’inverse, dans certaines pages, la pensée est fragmentée. Chaque phrase (voire chaque mot) y est encadrée de doubles barres verticales : « || c’est un métier de couper les ailes || de plumer d’affamer || de mépriser || c’est un métier la punition || ».

Pour lire l’article directement sur le site internet, cliquez ici !

Nouvelles Lunes par Elise Thiébaut

Perrine Le Querrec est une poétesse et romancière que j’admire depuis des années. J’aurais voulu publier son dernier opus, Christa, dans Nouvelles Lunes, mais cela n’a pas été possible et je suis heureuse d’en partager ici un extrait pour vous donner une idée de sa prose lumineuse, à l’occasion de la sortie de son nouveau livre : Mutines. On terminera cette lettre avec quelques recommandations littéraires, punks et décoloniales. Et bonne année de la jument de feu, les amix !

Les temps sont durs pour les poètes et les poétesses, et la boue dégueulasse qui fond sur nous pourrait nous décourager. Pourtant, on n’a jamais eu autant besoin de ces mots qui élèvent, qui caressent, qui lacèrent. Il nous faut une langue, des langues, des puissances souterraines pour dire l’espoir qui nous quitte et nous rattrape dans un même mouvement.

Perrine Le Querrec est de ces lumières que l’on cherche dans les recoins obscurs de la violence. Ses livres délivrent. Ses mots sont des enfants nés de ses rencontres avec d’autres. Des femmes victimes de violences, par exemple, qui lui ont confié dans l’impressionnant Rouge pute (Ed. La Contre-Allée, 2020) les méandres de leurs calvaires et les chemins de leur libération. Rouge pute a été traduit dans plusieurs langues et a donné lieu à un spectacle musical avec Ronan Courty qui tourne depuis cinq ans. Signe d’un climat préfasciste propice à l’autocensure, plusieurs dates ont récemment été annulées à cause de ce titre qui serait “trop explicite” à l’approche des élections municipales.

Perrine Le Querrec raconte dans son prochain livre, disponible le 20 février à la Contre-Allée, la mutinerie d’un groupe de “mauvaises filles” qui, le 14 novembre 1934, ont décidé d’échapper à l’école de préservation (rien moins qu’un camp de redressement) où on les avait enfermées, le plus souvent à la demande d’un père. Inspirée d’un fait réel, Mutines raconte par le menu ces trois heures de révolte et de liberté durant lesquelles Marthe, Monelle, Jeanne ou Berthe, perchées sur le toit de l’école, vont se réapproprier leur enfance.

Cliquez ici pour lire l’article sur son site internet !