Revue de presse

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Club Bonne Lecture

Chronique sur le blog Bonne Lecture, tenu par Jean-Pierre Kupczyk.

Les Amis du Grain des Mots

L’Engravement  d’Eva Kavian est l’un des derniers titres de la Contre Allée, une maison d’édition que j’affectionne particulièrement.                                                                                                          

J’ai beaucoup rêvé sur ce mot, engravement, dont je ne connaissais pas le sens. Alors, j’ai cherché dans mon vieux Littré et j’ai trouvé : « Se dit pour un bateau ensablé, enlisé ».                                         Dans ce livre, ce n’est pas de bateau qu’il s’agit mais d’enfants, d’adolescents, aux vies enlisées, fracassées, d’enfants qui vont mal et qu’il a fallu hospitaliser, de parents qui essaient de faire face du mieux qu’ils peuvent. (« Si la vie de vos enfants ne tient qu’à un fil, vous êtes ce fil » ), de parents qui se retrouvent aux heures de visite dans l’allée qui mène à l’entrée de l’unité psychiatrique : « Il y a ceux qui arrivent plus tôt, ceux qui arrivent plus tard, ceux qui ne sont pas capables de venir, ceux des autres hôpitaux, ceux des autres hôpitaux dans d’autres pays et d’autres allées, combien de parents au total ? Est-ce possible qu’autant de parents vivent ce que tu vis ? Cette chose inhumaine ?»                                                                                                                                                                   Ce livre est un très beau livre sans aucun pathos, un livre certes douloureux mais porté par une écriture d’une délicatesse et d’une justesse infinies. 

F.J

RCF

RCF

Marion de la librairies Les Danaïdes (Aix-les-bains) conseille la lecture de L’Engravement d’Eva Kavian sur RCF. Écoutez son avis sur ce livre qui l’a bouleversée et sa lecture d’un extrait texte juste ici.

Le Matricule des anges

Le Matricule des anges

Article de Anthony Dufraisse à propos de L’Engravement dans le Matricule des anges. A lire juste ici :

Le Soir

Le Soir

Article de P.My dans Le Soir :

Des familles rendent visite à des proches dans un hôpital psychiatrique. La narratrice leur adresse ce qu’elle perçoit de désarroi dans ces êtes échoués là, responsables ou non de la situation. Chaque cas est différent, la voix unique du texte les rapproche en une symphonie douloureuse entrecoupées de brèves réflexions émises par un cours médical pas toujours très rassurant.

Cathulu

Un article du 14/06/2022, sur le site Cathulu.

« Vous êtes trente ou vingt, parfois dix, peu importe, vous rampez sur l’allée, écrasés, vidés, fautifs, égarés sur le chemin que vous connaissez si bien. Pas de chance, aucun échafaud n’est dressé au bout de l’asphalte. Il y a un parking, un arrêt de bus, une rue que personne ne veut habiter, et votre vie, qui continue. La voilà la sentence : Vivez avec. « 

Où se dirige ce troupeau, hétéroclite, mais uni par une même détresse, une même souffrance, un même espoir malmené , vacillant mais entretenu par la proximité des autres ? Il va vers cet endroit où leurs proches sont enfermés parce que leur vie , telle celle des baleines échouées sur les plages, n’a pas su s’adapter au bruit du monde, parce que ce bruit a poussé « leur stress à un paroxysme ingérable »
Ce sont ainsi différents parcours qui se donnent à lire via ce roman choral, entrecoupé par des discours souvent violents, révélant au passage les dysfonctionnements du système de santé. Nous voyons ainsi, par petites touches l’évolution des patients, celle de leurs aidants qui trimballent des sacs puant la pisse ou le sang, mais charriant surtout leurs minuscules victoires et leurs immenses échecs. 
L’émotion  est toujours là, mais sans voyeurisme et c’est tout un pan, souvent caché, de la société qui se donne à voir dans ce roman d’une force inouïe et bouleversante . Un très grand coup de cœur.  

Retrouvez l’article sur le site en cliquant ici.

Les Gardes-Fous

Les Gardes-Fous

Eva Kavian était l’invitée du podcast Les Gardes-Fous, podcast qui « part à la recherche de la folie d’aujourd’hui en rencontrant des fous ordinaires ou extraordinaires », l’occasion pour elle de revenir sur son ouvrage L’Engravement. À écouter juste ici.

L’Imprimerie nocturne

L’Imprimerie nocturne

Un article de Karine Baudot pour L’Imprimerie Nocturne, le 20 mai 2022.

Eva Kavian : Le requiem des baleines

L’Engravement d’Eva Kavian est la dernière partition de la sentinelle des éditions La Contre Allée. La partition requiem des baleines bleues. Le requiem des baleines et leurs proches enfermées dans la chambre froide des maladies mentales. L’Engravement est un chant de mort écrit au rasoir. Un coup de cœur. Un coup au cœur. Un trou dans le cœur. L’Engravement est un cœur bleu au sang noir. Gravement poignant.

L’Engravement d’Eva Kavian est un chant de silence de maladie et de deuil. Le chant funèbre des baleines échouées dans les couloirs d’un hôpital psychiatrique. Les baleines s’appellent Mira, Claudy, Jonas, Loreen, Elise, Tom, Lucie. Les baleines ne veulent plus entendre le bruit du monde. Le trop plein de bruit du monde qui conduit les baleines à s’engraver. À ne jamais se réveiller. À ne plus souffrir. Le bruit de la souffrance aspire absorbe isole le cerveau fragile des baleines. Déficience mentale. Séquelles neurologiques. Troubles de la personnalité. Les psychiatres de l’hôpital collent des étiquettes sur la peau des baleines.

« Ce moment tous ensemble dans l’allée enneigée, est le premier moment depuis deux mois, où tu ne te sens pas seule, et le noeud dans ton ventre se serre à nouveau. Jamais tu n’as aimé des gens comme tu aimes ceux-là, ils sont toi. Tu es eux. Tu marches à leur vitesse. » (Page 50)

L’Engravement d’Eva Kavian est le chant de lutte de peur d’épuisement de l’entourage des baleines. Qui avance dans l’allée de l’hôpital avec un baleinier dans le ventre. Une avancée circulaire. Tourner en rond entre l’abri de bus au bout de l’allée les couloirs de hôpital le retour chez soi.
Qui ne parle plus de soi depuis que la maladie occupe toute la place.
Qui parle de sacs de linge qui puent la pisse.  De familles décomposées. De l’angoisse collée aux gestes du quotidien.
Qui parle des parents qui en ont fini avec le bonheur.
Qui parle des proches qui ont rendez-vous avec leur drame.
Qui parle de la peur de chuter devant les baleines.
Qui parle des questions qui cherchent des réponses au pourquoi.
Le pourquoi n’appelle pas de réponse.
Le pourquoi ne parle pas.
Les baleines  ne répondent plus.
Neuroleptiques anxiolytiques antidépresseurs
L’escorte chimique barbare.
Zombies. Corps difformes. Regards fixes.
La connexion avec les baleines est rompue.

« C’est dingue comme Elise peut reconstruire le monde à partir d’un mot, d’un signe, d’une chose qui fait tilt, on dirait que son psychisme est un grand lac gelé, et chaque idée croisée  devient un roseau auquel elle tente de s’accrocher, tout en poursuivant sa glissade infernale. » (Page 83)

Eva Kavian écrit pour que les proches des baleines puissent leur dire « je suis là, je t’aime, je tiens à toi ». L’amour c’est le levier. Le pouvoir est là. Eva Kavian compose un ultime chant d’amour bouleversant. Au paroxysme de la douleur des baleines. La maladie tire à vue sur les baleines. Les baleines tirent leur révérence. Les baleines se jettent du pont se pendent au tuyau de douche se coupent les veines. Des veines bleues. A cause des bleus au cerveau. Et de la peau bleue de baleine.

L’Engravement d’Eva Kavian est un chant des bleus à l’âme écrit au rasoir
Avec des mots au souffle court
Des mots de la réalité
Le bleu des mots à la chair boursoufflée et aux bras recousus
Les mots en phrase terminale
Éteindre la lumière
Le sang bleu des baleines se teinte de noir
Quelque chose noir cogne percute heurte poigne étreint larme les mots bleus d’Eva  Kavian
Quelque chose noir s’engrave sur les plaies bleues
Quelque chose noir grave la nuit des baleines bleues
Le chant funèbre des baleines bleues gravés dans nos ventres
Gravement
Loin du bruit du monde

À toutes les baleines bleues au regard engravé

Karoo

Karoo

L’engravement d’Eva Kavian. Le silence des deuxièmes personnes. Un article de Nicolas Baudoin.

Le dernier roman d’Eva Kavian, paru à La Contre Allée, se concentre sur un espace très limité et auquel on ne pense jamais : le sentier qui sépare le parking de l’hôpital psychiatrique de sa porte d’entrée. Ce chemin, c’est celui que foulent les pas lourds, pressés, rageurs ou découragés des proches venus visiter un enfant, une compagne, un ami. Un patient interné.

Dans L’Engravement, vous lirez à la deuxième personne les pensées qui agitent ce troupeau de visiteurs alors qu’ils vont et viennent. Inlassablement. Ceux-là ont assisté à la transformation parfois soudaine d’un intime, souvent d’un enfant, dont l’état mental a été jugé trop instable pour « la vie normale ». La plupart de ces jeunes ont tenté de mourir. Certains essaient encore.

C’est dans ce moment difficile, dans cette souffrance impartageable, que vous rejoindrez cette foule de parents. Vous marcherez à côté d’eux, parfois proches au point de sentir la moiteur de leur souffle. Il s’agira certes de personnages, mais vous aurez du mal à y croire. Très vite, vous pourrez les sentir se matérialiser. Leur mal-être un peu trop pareil au vôtre, leurs questions creuses, simples, percutantes.

 » L’amour peut-il devenir un devoir ? « 

Il y aura un drame qui se produira à l’intérieur d’un drame plus grand. Vous suivrez les pages comme des rails, les menues variations des destins se répondant, les phrases presque illisibles tellement on y a gratté le superflu. Vous vous ferez vouvoyer, puis tutoyer. Vous lirez le mot « effondrement ». À distance, vous entendrez le corps médical.

 » Cette semaine, tout le monde se pend. Une véritable pandémie. La semaine passée, c’étaient des mutilations. « 

Il y aura avancement. Il n’y aura pas de petites victoires. Loin de s’égarer, le récit se construira au fur et à mesure des très minces chapitres, empruntant différentes voix, mais toujours le même sentier.

 » Vous êtes trente ou vingt, parfois dix, peu importe, vous rampez sur l’allée, écrasés, vidés, fautifs, égarés sur le chemin que vous connaissez si bien. […] Il y a un parking, un arrêt de bus, une rue que personne ne veut habiter, et votre vie qui continue. « 

Les noms reviendront, les lieux même décrits imprécisément deviendront familiers. Vous repenserez aux regards d’un habitué que vous avez évité, à l’histoire de Claudy, à votre belle fille. Vous mettrez le sac plein d’habits souillés que l’infirmière vous a tendu dans le coffre. Vous vous installerez dans la voiture. Et vous aussi, lecteurs et lectrices, vous vous mettrez à chialer sans plus aucune retenue.

Ancienne ergothérapeute en HP et animatrice d’ateliers d’écriture depuis 37 ans, Eva Kavian maîtrise autant son style que son sujet. On sent le labeur pour rendre justice à ces histoires singulières, pour ne pas juste produire une charge facile contre l’institution clinique ou un essai social sur le mal être psychologique. Soutenu par cette exigence qui le traverse, le texte parvient à susciter des moments d’émotion intense, sans jamais renoncer à la justesse du propos.

À retrouver ici.

Le Carnet et les Instants

Article de Séverine Radoux pour Le Carnet et les Instants :

Le cri des baleines échouées

Dans son nouvel opus, Eva Kavian nous donne à lire des fragments de vie de personnages qui se croisent dans l’allée menant à un asile psychiatrique où leur enfant est admis suite à une tentative de suicide. Nous sommes amenés à palper le quotidien de ces êtres dont la vie s’est arrêtée, ponctuée par les visites et marquée par la fin de la tranquillité. Ces parents désormais obsédés par leur enfant en rupture avec la vie sont traversés par des émotions très fortes : ballotés entre la colère, le chagrin, la honte, la culpabilité et un profond sentiment d’impuissance, ils apprennent les vertus de la patience et de l’espoir ténu. Au bord de l’épuisement, nous les voyons lutter pour « vivre avec ».

« Bonjour mon chéri (c’est bien ou pas bien de dire mon chéri à son fils de vingt-trois ans ?) je suis contente de te voir (je ne suis pas oppressante, là ?) comment vas-tu aujourd’hui (intrusive ?) Papa n’a pas pu venir mais il t’embrasse (c’est vrai qu’ils sentent quand on ment ?) ne t’inquiète pas je n’ai plus mal (ne pas dramatiser, de toute façon « il ne ressent pas les choses comme vous »). Tu hésites. Est-ce un jour où tu peux le toucher ? Vos corps se rapprochent, mais vous n’allez pas l’un vers l’autre. L’autre en toi n’existe plus pour lui. Ça veut dire quoi ? Et l’autre en lui, c’est qui ? Il est devenu qui ? Quoi ? Pourquoi ? Pourquoi lui ? Toi ? Tu l’as porté dans ton ventre, tu as marqué chaque centimètre de sa croissance sur l’embrasure de chêne, tu as raconté les histoires, chanté les comptines et un jour il est devenu fou.« 

Hantés par leurs questions, ces parents aimants tentent d’adopter la distance juste vis-à-vis de leur enfant qui a désormais besoin d’un cadre différent. Tels des automates, ils sont devenus indifférents aux bruits du monde, habités par leur obsession de « bien faire », guidés par leur amour devenu synonyme de devoir. Leur vie quotidienne est déterminée par des séjours aux urgences, des services psychiatriques saturés ou inadaptés, des contraintes administratives insensées, mais aussi le compte des jours sauvés. Dans cette réalité, ne plus quitter son portable, même la nuit, est devenu une nécessité ; bondir à la première sonnerie peut être une question de vie ou de mort. S’effondrer est dorénavant proscrit.

« Un infirmier fouille ton sac à main et le cabas avec les vêtements propres. Il enlève les cordons, les ceintures. Te rend le sac, comme si cette situation ne te défonçait pas les tripes. Tu ne dis rien. Si tu parles tu pleures. Ou tu deviens méchante. Et tu ne veux pas que ça retombe sur Loreen. Tu l’as repérée du coin de l’œil. Elle est couchée sur le sol de la section fermée, elle gratte le film plastique opacifiant posé sur la porte, tu vois son œil, collé à la vitre, sa langue qui pend dans l’effort, qui bave. Elle gratte. Comme un chien. L’infirmier a vingt clés à son trousseau mais il sort la bonne au premier essai, il t’ouvre. Tu as droit à deux heures et tu as envie de disparaître.« 

À travers L’engravement, Eva Kavian donne la parole à une minorité silencieuse : les parents des enfants brouillés avec la vie. Écrits à la deuxième personne, ces morceaux d’histoire entrecoupés de répliques froides de psychiatres confèrent un sentiment d’étrangeté qui nous donne un aperçu de celui que les héros vivent. Avec un style travaillé axé sur la profondeur et l’intensité des émotions, nous sommes amenés à lire la beauté de ces êtres aliénés face à une structure médicale inadaptée qui a tout de même le mérite d’exister. Un récit très sensible sur la solitude des parents qui s’imposent de vivre pour leur enfant, sur la force de l’amour parental qui transcende les souffrances les plus indicibles.

À retrouver ici.